“Après le virage, c’est chez moi”, de Marie Kock : un lieu à soi

Une recension de Victorine de Oliveira, publié le

Que signifie avoir trouvé son chez-soi ? Cela recoupe-t-il le lieu où l’on habite effectivement ? Alors qu’elle s’apprête à faire de nouveau ses cartons, la journaliste et essayiste Marie Kock interroge la possibilité et la pertinence de s’approprier un lieu, de façon affective ou en devenant légalement propriétaire d’une maison, d’un bout de terrain. Qu’est-ce qui se joue derrière le désir de posséder les murs derrière lesquels on dort, les chemins que l’on arpente quotidiennement ? Est-ce par simple besoin de sécurité, de stabilité, ou quelque chose d’autre se joue-t-il, de l’ordre du rapport au temps, voire à la mort ? 

Ce n’est pas la première fois que l’autrice questionne la possibilité de se fixer. Dans son précédent essai, Vieille Fille. Une proposition (La Découverte, 2022), il ne s’agissait pas de trouver un « quelque part » mais un « quelqu’un » : après avoir longtemps cherché « le bon », elle décide à 37 ans de renoncer au compagnon idéal, ainsi qu’à la norme sociale du couple et de la famille avec enfants. Marie Kock s’installe alors dans le célibat pour justement ne pas avoir à s’installer, pour pouvoir user de son temps comme elle l’entend, pour ne plus vivre et s’enraciner selon les besoins d’un autre. Mais le lieu où l’on vit agite d’autres enjeux, d’autres angoisses aussi. « Mon élan libertaire s’essouffle dès lors que l’on aborde la question du lieu. Je suis contre le principe, et pourtant j’ai quand même envie de posséder une maison à moi », concède l’autrice. C’est de cette contradiction que naît une réflexion existentielle nourrie de souvenirs personnels et d’un récit à la première personne, mais sans complaisance. Chercher un lieu à soi, c’est souvent vouloir retrouver les paysages, les configurations familières de l’enfance – du moins lorsqu’on a eu la chance de bénéficier de telles fondations. « La maison du V. », dans le Meygal en Auvergne, joue pour Marie Kock le rôle d’ancrage premier et de boussole : depuis Saint-Étienne, Lille, Paris ou Marseille, autant de villes où elle a jeté son dévolu, la bâtisse et ses environs joueront toujours le rôle de comparatifs. Ailleurs, il fait toujours plus ou moins frais qu’au Meygal, les saisons y sont plus ou moins palpables, on peut plus ou moins y contempler le ballet des nuages, une tasse de thé à la main. 

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