“Brouillons” : la colossale finesse de Georg Christoph Lichtenberg

Une recension de Philippe Garnier, publié le

« Lorsqu’il se servait de son entendement, on aurait dit un droitier obligé de se servir de sa main gauche » ou encore : « D’abord nous devons croire, ensuite nous croyons. » Longtemps, le terme d’« aphorisme » a été employé pour qualifier les écrits de Georg Christoph Lichtenberg (1742-1799). Pendant deux siècles, les formules ramassées de ce scientifique, philosophe et moraliste allemand du XVIIIe siècle ont émis un rayonnement souterrain. Sous un apparent rationalisme, elles expriment souvent une dérision radicale qui met en cause les fondements de la raison. « Là où Lichtenberg rit, écrivait Goethe, c’est qu’un problème se cache. » Nietzsche le cite dans Humain, trop humain. André Breton l’avait élu pour figurer dans son Anthologie de l’humour noir. Elias Canetti voyait dans les Brouillons de Lichtenberg le livre le plus riche de la littérature universelle.

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