Allemagne : le refuge ou le refus ?

Temps de lecture : 6 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 99 de Philosophie magazine « Nomades contre sédentaires », en kiosque le 28 avril 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Impossible de clore ce dossier sans passer par l’Allemagne, qui a été plus loin que tout autre pays européen dans l’accueil volontaire des réfugiés. Mais à l’enthousiasme initial ont succédé heurts, agressions et polémiques. Le point avec Richard David Precht.

Comment le débat allemand sur l’accueil des réfugiés a-t-il selon vous évolué depuis l’été 2015 ?

Richard David Precht : Au début, la plupart des Allemands étaient très ouverts aux réfugiés et se montraient prêts à les aider. J’en ai conçu une grande joie et une certaine fierté. Cette attitude était nouvelle par rapport à celle des années 1990, où les Allemands ont accueilli les réfugiés des Balkans avec plus de réserve et de xénophobie. L’Allemagne a fait de grands progrès dans son cheminement vers une société ouverte et libérale. Puis, il y a eu les nombreuses agressions durant la nuit du Nouvel An 2016 à la gare de Cologne. Des Marocains et des Algériens ont harcelé des jeunes femmes. Les médias de masse se sont emparés du sujet, et c’est là qu’ont explosé tous ceux qui avaient au fond un problème avec les réfugiés. Pendant des mois, on n’a plus entendu dans les médias que des gens retranchés dans le populisme de droite parler d’immigrés criminels. Ce rétrécissement du débat a attisé la peur chez beaucoup. On voulait soudain poser une « limite maximale » à l’immigration, alors que toute personne raisonnable sait que cela ne fonctionne pas ainsi. Nous ne pouvons pas accueillir deux cent mille réfugiés de guerre et renvoyer chez lui le deux cent mille et unième qui se présente à la frontière.

 

« Quand Sloterdijk parle de “déferlement” 
et promeut une “cruauté bien tempérée” à l’égard des migrants, cela me rappelle le langage de Rudolf Höss, le commandant d’Auschwitz »

Dans une tribune, répondant aux prises de position de Peter Sloterdjik contre l’accueil des réfugiés, vous l’avez accusé de parler avec le « jargon nazi ». N’y êtes-vous pas allé un peu fort ?

Cet article est réservé aux abonnés