Richard Sennett : « Nous ne sommes pas condamnés à être malheureux au travail »

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Richard Sennett : « Nous ne sommes pas condamnés à être malheureux au travail »

Richard Sennett aux conférences de Linz en 2010 (cc) Wikimedia Commons / Rubra. Ars Electronica from Österreich

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Cet article est issu du numéro 16 de Philosophie magazine « 16 - février 2008 », en kiosque le 24 janvier 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

En contrepoint d’Antonio Negri, le sociologue Richard Sennett préconise, dans un contexte de raréfaction du travail, de réconcilier flexibilité et sécurité. Pour ce disciple de Hannah Arendt, l’État doit garantir une continuité dans l’activité.

Le monde du travail connaît de grandes mutations. Entre chômage, tertiarisation des activités, éclatement des parcours professionnels, qu’est-ce qui, selon vous, caractérise en propre le travail d’aujourd’hui ?

Richard Sennett : À l’heure de la mondialisation, de la flexibilité et de la mobilité permanente, le court terme s’impose comme la seule temporalité qui vaille dans le monde du travail. Au début du XXe siècle, une organisation rigide et hiérarchisée des travailleurs, propre au fordisme, permettait néanmoins d’établir, à travers un rapport au temps maîtrisable et prévisible, un contrôle relatif de sa vie, attesté notamment par le continuum de la « carrière » et de la retraite. Aujourd’hui, le travail est devenu totalement incertain et les compétences vite obsolètes. La nécessité de s’adapter aux changements d’horaires, de postes, voire d’emplois, rend désormais impossible, pour les salariés, toute inscription dans le long terme. Comment une subjectivité qui accepte la flexibilité, la précarité, l’incertitude, peut-elle se structurer ? Là est la question centrale.

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