“DJ”, d’Anne F. Garréta : une femme avec une flamme

Une recension de Arthur Dreyfus, publié le

La plupart des gens sont nés quelque part. Anne F. Garréta est née la nuit. Au Kat, plus précisément – cette discothèque réservée aux femmes où la normalienne va fêter sa réussite à l’été 1982 ; sans se douter que sa vie ne sera plus la même : « J’aurais pu demeurer ainsi, éternellement, rat de bibliothèques, bête à concours, bohème prudente et intermittente, animal de plume et parisienne, sans écart, sans dérapage majeur, sans le clinamen qui fit de moi an accidental DJ. » Car en cette boîte, où elle échappe pour la première fois à sa classe – sociale autant qu’universitaire –, l’étudiante découvre le métier le plus incandescent qui soit : faire danser. C’est mieux que le désir. C’est du désir en barre. Ce sera sa pioche pour procéder à l’archéologie de sa jeunesse. « Mixer s’apprend, note Garréta, comme écrire, je n’en doute pas, mais je ne suis pas sûre que cela s’enseigne. » Tel l’écrivain, le DJ utilise des éléments existants mais forge son style dans leur suite imprévisible. On songe au mystique Jean de la Croix, qui ne passait pas de disques mais parlait déjà de la même chose : « Pour toute la beauté / jamais je ne me perdrai / sinon pour un je-ne-sais-quoi / qui s’atteint d’aventure. »

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