Innovations. Une enquête philosophique

Une recension de Samuel Lacroix, publié le

Innover, toujours et sans cesse : comment et pourquoi cette injonction s’est-elle diffusée dans toutes les organisations ? C’est la question que se pose le philosophe Thierry Ménissier dans cette « enquête philosophique ». Pour lui, l’innovation s’est imposée comme un véritable « paradigme » tel que le décrivait Thomas Kuhn dans les révolutions scientifiques, c’est-à-dire le modèle d’analyse qui fait autorité à un moment et dessine à son aune toute réalité. Sur la raison de cette omniscience, Ménissier émet une hypothèse : nous sommes en mal de progrès. De fait, depuis les années 1980, c’est sur le cadavre de l’idée de progrès portée par la modernité que le thème de l’innovation semble s’être développé. Il faudrait donc voir dans ce nouveau paradigme structurant une variable « post-progressiste » d’ajustement des sociétés : désormais, nous croyons moins à l’amélioration qu’à la réorganisation permanente, et plus au rendement immédiat qu’au bonheur commun. C’est ce que critique ce livre : « Il n’est pas raisonnable que la civilisation industrielle, avec ses promesses déçues à l’égard du progrès, confie son salut à la notion d’innovation », affirme Ménissier en prônant la réinvention de cette notion. Conservons le dynamisme créatif et progressiste qu’elle contient, mais dotons-la d’une éthique limitant ses expressions « sauvages » et « disruptives ». Une gageure.

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