“La philosophie, c’est pour vous aussi !”, de Charles Robin : la vulgarisation en situation

Une recension de Martin Legros, publié le

Il n’est pas besoin d’avoir visionné ses vidéos YouTube – pédagogique sur Sartre ou ironique sur BHL – ni écouté ses podcasts sur le stoïcisme ou l’intelligence artificielle pour reconnaître le talent pédagogique de Charles Robin. Né dans un milieu ouvrier « où les factures impayées étaient une préoccupation plus importante que les questionnements sur le sens de la vie », il a longtemps été déchiré entre sa passion pour les idées et le sentiment que la philosophie était réservée à une élite disposant des codes pour penser. C’est ce hiatus qu’au sortir de ses études de philosophie à l’université, et après une première carrière d’« influenceur politique », il s’est donné pour tâche de surmonter. Faire sortir la philosophie de son « ghetto », la rendre « accessible à tous », tel est le mantra de cet ancien professeur particulier devenu, par la magie d’Internet et des réseaux sociaux, « le précepteur ». Sa recette et son talent ? Partir de situations concrètes issues de la pop culture… ou de son imagination, pour illustrer ou éclairer les grands concepts. Afin de faire comprendre le doute hyperbolique chez Descartes, il part de l’expérience de « mirage froid » faite par un chauffeur de poids lourds qui a cru voir un paquebot en lévitation sur la mer ; pour faire comprendre la volonté au sens de Schopenhauer, il part du cas de Jonathan Meijer, le donneur de sperme « en série » responsable de 500 naissances ; pour faire comprendre l’hédonisme mesuré d’Épicure, il invente l’histoire de Fabien qui apprend, grâce à sa femme, à se restreindre lors de ses apéro du vendredi… Si le récit de ces saynètes fait le sel de ces vingt leçons, c’est parfois aux dépens de la pensée des philosophes – dont le résumé vire parfois à la caricature ou au contresens. Ainsi l’expérience du cogito de Descartes se trouve-t-elle réduite à une déduction logique, et la banalité du mal d’Arendt au fait de « dissocier notre action de ses conséquences concrètes »… Bref, on aimerait que le précepteur ne se contente pas d’illustrer et d’expliquer les concepts – ce qui est déjà pas mal –, mais qu’il introduise aussi à ce vertige de la pensée qu’il dit avoir éprouvé très tôt. Il le définit comme la capacité de « penser contre-soi-même ». Ces leçons un peu trop lisses n’en portent pas toujours la trace.

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