“L’Ami de la famille” : Denis Podalydès à l’école de Pierre Bourdieu

Une recension de Philippe Garnier, publié le

À 20 ans, Denis Podalydès échoue au concours de l’École normale supérieure. Philosophe en herbe et apprenti comédien, il est alors partagé entre deux voies qui lui paraissent incompatibles. Emmanuel Bourdieu, son condisciple de khâgne, le présente à son père, Pierre, sociologue alors au faîte de son prestige. Peu à peu, dans cette famille qu’il décrit comme plus harmonieuse que la sienne, au contact d’une œuvre qui au départ l’intimide, Podalydès entame le début d’une analyse sociologique de lui-même. Quelle est la part de mise en scène de soi dans la vie quotidienne ? Qu’est-ce que parler veut dire ? Comment concilier le goût des idées et ce don de soi très physique qu’exige le métier de comédien ? Des concepts élaborés par Bourdieu – habitus, champ, capital symbolique… – infusent en lui. La lecture des Règles de l’art puis de La Distinction lui apporte une clairvoyance libératrice pour sa propre vie comme pour sa vocation d’acteur. Dans un dédoublement comique, il participe même aux enquêtes de terrain qui constituent le matériau de La Misère du monde. Lentement, dans une synthèse intime, la figure du sociologue de soi et celle du comédien convergent. Entre hommage et introspection, ce livre parle comme nul autre de la chair des idées, de la difficulté de penser et d’incarner ce que l’on pense.

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