“Le Monde par les hiéroglyphes”, de Christophe Barbotin : penser comme un pharaon

Une recension de Octave Larmagnac-Matheron, publié le

« Les médecins égyptiens n’avaient pratiquement rien compris à la physiologie du corps humain ni à son fonctionnement, alors qu’on ouvrait dans le même temps des milliers de cadavres pour en faire des momies. » Comment est-ce possible ? C’est que, souligne Christophe Barbotin, le « mode de pensée » égyptien n’a rien à voir avec le nôtre, qui se tient dans l’horizon de l’objectivité scientifique. « Un observateur scientifique s’attache à dépasser l’apparence pour découvrir la substantifique moelle qui se cache derrière elle. » L’observateur est actif : il cherche à comprendre, à rendre compte de l’expérience en dévoilant ce qui se cache derrière son voile. Au contraire, dans la « pensée hiéroglyphique », « l’apparence vaut pour réalité ». Et le « regardeur » est passif, effacé. La pensée égyptienne ne se déploie pas dans l’abstraction mais dans un monde concret de formes bigarrées. Cette inscription dans les apparences ne va pas sans une stylisation prononcée. Il suffit d’une « jambe gauche » pour « exprimer la capacité de la marche », là où les Grecs s’emploieront à représenter précisément, de manière réaliste, le « mouvement en train de se faire ». Les « gestes standardisés », à la racine des hiéroglyphes, condensent l’apparence : ils figurent les choses « de manière absolue, donc en soi », indépendamment d’un témoin situé dans l’espace et dans le temps. Tel est le principe de la pensée « aspective » par opposition à l’approche « perspective ». La domination de l’aspective explique qu’« en Égypte, la notion même de science était inconnue », malgré un goût pour le calcul et les classifications. « Ce n’est pas qu’ils furent incapables de comprendre, c’est tout simplement qu’ils n’eurent pas l’idée de chercher à comprendre. »

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