Exposition
“Champollion. La voie des hiéroglyphes” : plein phare sur le Sphinx
Bataille des Pyramides, le 21 juillet 1798. Louis-François Lejeune (1775-1848) Huile sur toile, 1806. H. 183 x L. 422 cm. Champollion © Musée National des Châteaux de Versailles et de Trianon – Versailles
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 165 de Philosophie magazine « La question woke », en kiosque le 01 décembre 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le musée du Louvre-Lens consacre une grande exposition à Jean-François Champollion, l'homme qui, au XIXe siècle, déchiffra le système d'écriture de l’Égypte antique. Une révolution scientifique et historique, qui bouleversa notre conception de l’universel.
« L’Égypte semblait devoir cacher pour toujours, sous le voile d’une écriture mystérieuse, l’histoire, le culte, le système graphique et l’état moral du peuple que l’antiquité grecque et romaine a reconnu pour l’instituteur premier de la civilisation », écrit Jean-François Champollion en 1824 dans son Précis du système hiéroglyphique. Il a découvert deux ans plus tôt la clé de ce système d’écriture vieux de cinq mille ans et ouvert la voie à une nouvelle discipline : l’égyptologie. À l’occasion du bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes, le musée du Louvre-Lens organise une remarquable exposition relatant l’histoire d’une révolution scientifique et historique. Car l’Égypte n’a longtemps valu que comme « mystérieuse et muette garante de l’ancienneté de l’humanité », selon les termes de Vincent Rondot, commissaire général de l’exposition et directeur du département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre. Son système d’écriture a tantôt été vu comme le code inaccessible d’une religion à mystère, tantôt comme un mode d’expression primaire. Dans l’Encyclopédie des Lumières, les hiéroglyphes sont ainsi décrits comme « la première méthode qu’on a trouvée de peindre les idées par des figures », une « invention imparfaite, défectueuse, propre aux siècles d’ignorance ». Il fallait bien toute l’érudition et l’ingéniosité de Jean-François Champollion, épaulé dans sa « conquête papyracée » par l’ambition de son frère aîné, pour aboutir au décryptage de ce « système complexe ». Le parcours commence ainsi par montrer les combats méthodologiques mais aussi idéologiques qu’il a fallu remporter pour déconstruire cette « Égypte de convention », formatée par la transmission grecque et latine, mais dont nous ignorions finalement tout jusqu’au XIXe siècle. Puis il y a l’eurêka – « je tiens l’affaire ! » s’écrie Champollion le 14 septembre 1822. La pierre de Rosette, qui reproduit le même texte en trois langues – grec, démotique et hiéroglyphique –, a joué un rôle d’accélérateur dans sa découverte, même s’il a utilisé d’autres documents, dont des relevés opérés sur les monuments lors de la campagne militaire de Napoléon en Égypte. Dans son Éloge de la traduction (Fayard, 2016), la philosophe Barbara Cassin insiste sur cette idée « qu’il faut au moins deux langues pour en parler une et savoir que c’est une langue que l’on parle, parce qu’il faut deux langues pour traduire ». S’il en a fallu plus de deux à Champollion, aidé par sa connaissance des langues anciennes mais aussi du copte, pour trouver la clé des hiéroglyphes, force est de constater que sa découverte a bien permis, pour plagier Barbara Cassin, de « compliquer l’universel » en offrant un jour nouveau sur la civilisation pharaonique… et sur l’histoire du monde !