“Le Scandale de la séduction”, d’Isabelle Alfandary : le silence des divans

Une recension de Frédéric Manzini, publié le

Malaise dans la psychanalyse… Mettant le doigt là où ça fait mal, Isabelle Alfandary revient sur le silence des psychanalystes lors de l’éclatement de l’affaire #MeToo il y a quelques années. Pourquoi sont-ils restés si discrets, s’étonne-t-elle, eux qui sont censés être à l’écoute de la parole intime des femmes et de leurs souffrances ? Parce qu’il s’agissait d’un débat de société ? L’explication est trop courte, selon Alfandary. Elle-même psychanalyste en plus d’être philosophe et spécialiste de littérature anglophone, elle y décèle plutôt le symptôme d’un embarras profond et coupable. La question de la séduction, explique-t-elle, occupe en effet une place foncièrement clivante au cœur même de l’élaboration de la théorie psychanalytique. Étymologiquement, « séduire » quelqu’un, c’est le détourner de son chemin, l’entraîner de son côté pour le tirer à soi. Aussi toute entreprise de séduction engage-t-elle des rapports de domination entre un sujet et un objet, dans un jeu qui n’a rien d’anodin et qui peut aller jusqu’aux violences sexuelles proprement dites. « Freud perçoit très tôt la séduction comme une cause d’affection psychique », car, c’est un fait clinique, « parmi les premières patientes de Freud, nombreuses sont celles, jeunes ou moins jeunes, qui, au cours de leur traitement, en sont venues à se remémorer des scènes de séduction sexuelle ». Mais parle-t-on de séduction réelle ou de séduction vécue, reconstruite et fantasmée comme telle ? Cette différence d’approche a divisé et divise encore la communauté des psychanalystes, entre ceux qui travaillent à partir de la confusion psychique engendrée par le trauma et ceux qui demandent de remonter à des faits objectifs permettant d’établir l’imputabilité (et éventuellement la culpabilité). La question est d’autant plus pressante qu’elle reste omniprésente au cours de nos existences : dès l’âge infantile, la mère et le père sont les premiers à séduire ou à être séduits. Et Alfandary d’inviter à la « prise de conscience salutaire des parents devant la puissance souvent inconsciente de leurs contacts verbaux ou corporels à l’enfant » : avant de chercher à séduire l’autre au sens convenu, il faut commencer à apprendre à bien répondre aux tentatives de séduction, réelles ou fantasmées, conscientes et inconscientes, qui tissent l’histoire de chacun.

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