“Les Animaux et nous”, de Catalin Pavel : les bêtes nous font hommes

Une recension de Apolline Guillot, publié le

Quel est le rapport entre des mâchoires de hérisson, une boîte d’arêtes de sardines et l’aile gauche d’une grue ? Elles ont été un jour soigneusement inhumées aux côtés d’êtres humains. C’est peut-être un détail pour vous mais pas pour l’archéologue Cătălin Pavel. Dans Les Animaux et nous, il tente de faire l’archéologie de notre rapport aux animaux. Mais attention, il n’accorde pas aux bêtes « une attention stéréotypée », en ne les considérant que comme des compagnons de vie ou des morceaux de viande. Ces « vétérans multi-millénaires de la survie et de l’interaction » ont accompagné nos représentations mentales depuis l’aube de notre existence. Cet essai est un « jardin zoologique de poche », ainsi qu’il l’admet lui-même. Baleines, dauphins, ours, chats et petits mammifères apparaissent en pointillé sous le pinceau de l’archéologue comme des compagnons de toujours. Pendant plusieurs millions d’années, des espèces animales et humaines ont pris soin les unes des autres, se sont contaminées, acculturées – nous amenant, selon Pavel, à nous définir nous-mêmes. « Ce sont les animaux qui dans une large mesure nous amènent à commencer à penser et à ressentir comme des hommes. » La co-existence des humains et des animaux s’apparenterait, d’après certains archéologues, à une « technique de soi », au sens de Michel Foucault : un ensemble de « procédures […] proposées ou prescrites aux individus pour fixer leur identité, pour la maintenir ou la transformer » (« Les techniques de soi », Dits et Écrits). 

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