Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
Montaigne ne s’exprima en français qu’à l’âge de 11 ans. Jusque-là, son père, par amour des auteurs antiques, avait exigé que tout le monde en son château, famille, gouvernantes, précepteurs, et même domestiques, ne lui parlât qu’en latin. Peut-être est-ce par rejet de cette langue paternelle que Montaigne prit le parti de rédiger les Essais en français ? L’œuvre ainsi écrite, émaillée de citations de philosophes, de poètes, de dramaturges latins et italiens s’offre à nous pareille à un splendide édifice Renaissance.
Mais peut-on lire aujourd’hui les Essais dans le texte, avec ses tournures archaïques et son lexique parfois caduc ? Selon les jusqu’au-boutistes de la vulgarisation ayant l’oreille des éditeurs, les publier en leur « version originale » serait les confisquer à un large public, aux seuls profit et plaisir d’une caste de lettrés. D’où l’entreprise de Gallimard d’en proposer une « traduction » en français moderne – celle d’André Lanly, parue naguère chez Honoré Champion.
Dussé-je passer pour un snob, l’idée heurte mon sens esthétique. Montaigne se définit lui-même moins comme un écrivain que comme un « conférencier » : l’interlocuteur de son lecteur. D’ailleurs, il n’écrit pas, il dicte. On l’entend parler. S’embarque-t-il dans un sujet ? Il s’en écarte, y revient, l’oublie, divague, rêvasse, mélange des anecdotes personnelles, intimes même, à des récits historiques, des mouvements d’humeur à des réflexions fouillées. Or, par son style académique, André Lanly neutralise le ton de conversation des Essais. Voilà pourquoi Claude Pinganaud, chez Arléa, en 1992, opte à mes yeux pour une meilleure formule : orthographe rajeunie, adjectifs et locutions adverbiales actualisés et mis entre crochets, périodes et vers
latins traduits dans la continuité du texte. La -lecture devient aisée, sans que la sprezzatura de Montaigne, cette gracieuse « désinvolture » chère à l’écrivain italien Baldassare Castiglione et prisée par l’honnête homme, n’en soit altérée.
Que penser, dès lors, de la tâche de Pascal Hervieu consistant à traduire Montaigne du… japonais ? Si ce spécialiste des langues orientales montre tant de goût pour les travaux de publication aussi ardus que vains, alors qu’il s’attelle également à la traduction, en français courant, des œuvres de Lacan, de Derrida ou encore de Levinas, qui demeurent pour tout le monde, même pour leurs disciples, du chinois. À ces derniers, amateurs de « piperies », Montaigne aurait rappelé que l’obscurité est « une monnaie employée par les doctes, comme les joueurs de passe-passe, pour ne pas découvrir la vanité de leur art et dont l’humaine bêtise se paye aisément ». Moderne ? D’actualité, plutôt. Ici, nul besoin de sous-titres.
Auteur inclassable mû par son insatiable curiosité, Montaigne ne cessera de prendre des positions très singulières, en faveur des animaux, contre le mariage ou l’éducation classique.
Promulguée en janvier de l’an dernier, la loi Darmanin sur l’immigration durcit les exigences linguistiques de l’obtention de la nationalité française. Mais la…
La loi sur l’immigration qui sera mise en place dès l’an prochain renforce les exigences linguistiques pour les étrangers souhaitant vivre en…
“C’est moi que je peins”, écrit Montaigne. Que peut bien inspirer ce projet à celui qui écrit que “le moi est haïssable” ? S’il combat l’auteur…
En août 1563, sur son lit de mort, La Boétie confie à son ami Montaigne une ultime mission : l’édition de ses œuvres, qu’il n’a pas eu le temps de publier, fauché par la peste à 32 ans. Or, l’auteur des «Essais» ne publiera jamais le …
En kiosque dès le 10 juillet 2014, ce hors-série consacré à Montaigne déploie un panorama complet de l'œuvre et de la pensée de l'auteur. Où l'on…
Vers 1558, à Bordeaux, deux jeunes hommes engagent la conversation lors d’un dîner officiel. C’est le début d’une amitié si intense qu’on aurait pu les dire enamourés.