Le classique subjectif

Montaigne, décidément moderne

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Cet article est issu du numéro 151 de Philosophie magazine « L’étrange gravité du sexe », en kiosque le 08 juillet 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Auteur inclassable mû par son insatiable curiosité, Montaigne ne cessera de prendre des positions très singulières, en faveur des animaux, contre le mariage ou l’éducation classique.

 

Ce qu’il a changé

« Il n’est rien si beau et légitime que de faire bien l’homme, et dûment, ni science si ardue que de bien et naturellement savoir vivre cette vie » : le projet semble modeste. L’ampleur des Essais montre cependant qu’il n’est pas de tâche plus difficile. Si l’on voulait ranger Montaigne dans une case, on dirait de lui qu’il est un philosophe humaniste. Ce qui signifie qu’il n’est pas vraiment philosophe au sens où on l’entend aujourd’hui – ni concepts, ni catégories, ni système sous sa plume – et que sa principale préoccupation consiste à interroger la place de l’homme au sein de la nature. Montaigne ne s’y prend pas à coups de définitions mais plutôt en convoquant anecdotes personnelles (pas toujours des plus flatteuses d’ailleurs) et souvenirs des auteurs anciens qu’il a dévorés lors de ses études. Ce dialogue intérieur part volontairement dans tous les sens, explore les sujets au gré de la curiosité et de l’envie de Montaigne. Il est ainsi l’un des premiers à écrire sur d’autres cultures non pas sous l’angle de l’Européen civilisé condescendant mais de l’authentique curieux. Idem pour ce qui est de la question animale : quand la plupart des philosophes cherchent à tout prix à distinguer l’homme pour en faire le centre de la création, Montaigne s’étonne au contraire de la faculté qu’ont les animaux à communiquer avec nous, alors même qu’ils sont privés de la parole. La diversité des sujets qu’il aborde dessine au fond le meilleur portrait de Montaigne, tout en dressant un panorama de l’étendue de la curiosité humaine. De quoi en faire un compagnon de route idéal, comme le soulignait Nietzsche : « Qu’un pareil homme ait écrit, véritablement la joie de vivre sur terre s’en trouve augmentée. […] C’est avec lui que je tiendrais, si la tâche m’était imposée de m’acclimater sur la terre » (Considérations inactuelles, II).

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