Les Lignes et les Jours. Notes (2008-2011)

Une recension de Philippe Garnier, publié le

« Juin 2010. Lors du vol pour Brême, plongé plusieurs minutes dans couche épaisse de nuages blancs, […] nous volons toujours dans les nuages sémantiques, en dessous d’eux les problèmes réels, au-dessus l’âme détachée. » Au fil des pages de ce journal, Peter Sloterdijk se plonge pourtant dans le quotidien. Lui qui avoue ne pas avoir les qualités morales ni physiques d’un Diogène se prête à un rythme soutenu de voyages, colloques, courses à vélo et soirées d’opéra. Il y déploie une capacité à philosopher naturelle, omniprésente et tout-terrain. L’événement produit dans sa pensée une série d’ondes concentriques et de « bulles » à sa façon, chacune de diamètres variables. Pour Sloterdijk, l’Histoire métabolise le ressentiment, la peur, la colère, l’espoir, pour en tirer systèmes politiques, dogmes religieux, mobilisations sociales. Cette grande fabrique de soi aiguillonnée par la technologie se déploie sous ses yeux. Son tamis quotidien recueille tout ce qui peut faire sens. Sur la crise du crédit comme promesse contemporaine, sur le rôle moteur des enfants illégitimes, sur le concept de destin, sur la nécessité du « vouloir le bonheur » ou sur le goût d’un château-yquem, son journal est une herméneutique sauvage, à la fois rationnelle, rêveuse et toujours un brin narquoise.

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