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“Le Livre de l’Europe”, l’enquête intempestive de Peter Sloterdijk sur le legs européen

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“Le Livre de l’Europe”, l’enquête intempestive de Peter Sloterdijk sur le legs européen

 © Éditions Payot

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Dans son nouveau livre, tiré de ses cours au Collège de France, le philosophe allemand questionne cette entité polymorphe et « sans qualités » qu’est l’Europe. Une réussite, pour notre chroniqueur Philippe Garnier. 


 

Qu’est-ce que l’Europe : une géographie, une histoire, un ensemble de cultures homogènes ? Qu’a-t-elle inventé qui ne puisse être mis au crédit d’autres foyers de civilisation ? À ces questions, les historiens d’aujourd’hui répondent avec prudence. Plutôt qu’un foyer sui generis, ils tendent à décrire des carrefours d’échanges et d’influences. Pour le philosophe allemand Peter Sloterdijk aussi, une aventure risquée se joue. Dans Le Livre de l’Europe (trad. O. Mannoni, Payot, 2026), ouvrage issu d’un cycle de leçons au Collège de France en 2024, il ouvre une dimension de « psycho-histoire » dont il a le privilège et qui lui permet d’emprunter des chemins de traverse, de déployer une érudition inégalée et de faire jaillir des concepts singuliers.

Quand est née l’Europe ?

Pour feuilleter ce livre millénaire qu’est l’Europe, Sloterdijk a recours à ce qu’il appelle des « marque-pages » qui lui permettent de passer outre aux découpages chronologiques habituels. Ainsi, l’auteur situe l’acte de naissance de l’Europe en l’an 390 à Milan : pendant plusieurs mois, Ambroise, l’évêque local, refuse l’accès de son église à l’empereur Théodose le Grand, après que celui-ci a ordonné un massacre pour mater une rébellion. Face à la fermeté épiscopale, le souverain s’incline et fait pénitence publique.

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