Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
Faut-il avoir peur de l’intelligence artificielle ? La philosophe Catherine Malabou rappelle la défiance de ses pairs, de Bergson à Canguilhem, vis-à-vis de tout ce qui tend à mesurer, à expliquer ou à simuler l’esprit – irréductible au cerveau-tuyauterie. Mais ces peurs venaient de réductionnismes grossiers, qui ont peu à voir avec ce que nous apprennent aujourd’hui les neurosciences. En s’appuyant sur Jean Piaget et John Dewey, Malabou invite à penser autrement notre activité cognitive en dépassant les oppositions obsolètes automatisme/créativité, corps/esprit.
L’intelligence n’est pas un sanctuaire mais une « expérimentation faillible », de mieux en mieux simulée par des réseaux de puces synaptiques, qui ne répondent pas à un programme mais interagissent avec un environnement. Face aux promesses démocratiques – en particulier dans le domaine de l’éducation – que portent ces avancées, elle en appelle à un exercice renouvelé de la critique, sans position ontologique de principe. Cet essai didactique fait le choix d’une attitude ouverte : comprendre avant de crier au loup cybernétique. On regrettera seulement l’absence des récents débats sur le sujet, qu’abordait notamment Jean-Gabriel Ganascia dans Le Mythe de la singularité (Seuil).
Troisième et dernier moment du cycle critique, la Critique de la faculté de juger de Kant est souvent réduite à une réflexion sur l’esthétique. Pour la…
Ma « révélation » philosophique, le déclic initiateur, ce fut la question du corps. Quand je découvris avec Husserl que le corps n’accède à la dignité de question philosophique que lorsqu’il n’est plus le corps mais mon corps. Mon corps n’est pas,…
Trois questions à… Jean-Gabriel Ganascia. Avec Internet, un nouveau contrôle social se met en place, à la fois plus libéral et plus dangereux.
Pour rompre avec un égalitarisme et un pédagogisme dévoyés, le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer propose de revenir aux…
Vous pensiez que Hegel était un penseur rigide et abstrait ? Catherine Malabou y voit au contraire un philosophe pour qui l’identité est « plastique », c’est-à-dire jamais figée.
Au travail, dans la vie ou la pensée, être plastique, ce n’est pas se plier à tous les vents, c’est s’ouvrir de l’intérieur à une forme nouvelle…
Disciple de Derrida, elle s’est détachée de la “déconstruction” pour s’intéresser aux neurosciences. Ce qui l’a amenée, loin des déterminismes scientifiques, à revisiter des questions politiques et sociales, du féminisme à l’exclusion…