Notre livre de 2024 : “Universaliser”, de Souleymane Bachir Diagne

Une recension de Ariane Nicolas, publié le

L’humanisme est en crise et, avec lui, le beau concept d’« universel ». Pour certains, en effet, il serait le vecteur de la domination européenne, pour d’autres, une vue de l’esprit héritée des Lumières. Peut-on le sauver ? Dans un séminaire tenu en 2023 à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne en fait la démonstration dans un plaidoyer érudit. Inspiré par des figures tutélaires telles qu’Aimé Césaire ou Alioune Diop, fondateur en 1947 de la revue Présence africaine, ainsi que des penseurs contemporains (Susan Neiman, Charles Mills...), il propose trois grands verbes pour réhabiliter l’universalisme, au niveau épistémique comme politique : décentrer le regard, pluraliser les approches, traduire les voix minoritaires. L’universel, qui place en son sein le besoin de justice sociale au niveau planétaire, ne doit pas se construire « contre le pluriel du monde, mais à partir de lui, en la présence de tous ». Il gagne ainsi à se réinventer de manière « latérale », depuis les populations anciennement dominées elles-mêmes : « Il est de la responsabilité des damnés de la Terre de sauver l’universel. » Conscient de l’ampleur de la tâche, Diagne en assume la dimension idéale et presque désuète. Il nous convainc toutefois que cet horizon de pensée demeure indispensable si l’on veut éviter que « les forces de fragmentation » ne l’emportent.

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