“Photo sur demande”, de Simon Chevrier : l’envers du négatif

Une recension de Arthur Dreyfus, publié le

D’où vient un livre ? Souvent les écrivains l’ignorent – mais pas le narrateur du premier roman en forme d’autofiction de Simon Chevrier. C’est une photo, fixée au-dessus du lit d’un amant, qui entaille le réel et aiguillonne son désir d’écrire. Le cliché en noir et blanc représente « un garçon au visage fin et la mâchoire ciselée » qui « se penche en avant et attrape sa jambe, l’orteil ramené à sa bouche comme le pouce d’un enfant ». Elle est signée Peter Hujar, mort du sida en 1987, et matérialise dans sa fantaisie mortifère un certain destin gay, où le plaisir tient la main de la mort. « Ce que la photographie reproduit à l’infini, note Barthes, n’a lieu qu’une fois. » Le quotidien d’un garçon aimant les garçons a lieu une infinité de fois, et se trouve ici condensé avec finesse. Toulouse, Grindr, bières, BFMTV, Amazon : tels sont les ingrédients de ce long selfie – ou de cette vanité 2.0. Qu’il s’agisse de ses amours déçues ou du mystère d’une image, jusqu’à l’expérience plus singulière de la prostitution auprès d’hommes plus âgés, tout ramène en effet le personnage à la quête d’un homme providentiel et bien sûr imaginaire, tandis que meurt son propre père.

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