Vivre avec nos morts

Une recension de Frédéric Manzini, publié le

« Pour le judaïsme, l’impossibilité de la dire est ce qui raconte la mort. » À travers plusieurs histoires de deuil, cependant, la rabbin Delphine Horvilleur raconte son expérience d’accompagnement des familles pour ce « moment sacré » que sont les funérailles. Elle, qui a d’abord mené des études de biologie, explique le sens de certains rites comme celui du linceul blanc dont on revêt le défunt en référence à celui que portait le grand prêtre à Jérusalem… et qui serait l’ancêtre du drap blanc des fantômes dans la culture populaire. Pour Delphine Horvilleur, son rôle ne consiste pas à apporter des réponses aux endeuillés quand ils l’interrogent sur l’au-delà ; elle veut plutôt faire « entendre des voix » à travers des récits et des prières qui, sans occulter les mystères qui entourent la mort, la mettent en perspective. La religion – au sens de « ce qui relie » – peut ainsi aider à apaiser la brutale violence d’une disparition en l’inscrivant dans une temporalité longue, ce qui n’exclut pas certaines incompréhensions. Il arrive que l’attachement (typiquement contemporain) aux volontés des défunts, par exemple la crémation, se heurte aux traditions ancestrales : entre la douleur de ceux qui pleurent et la loi ancienne et immuable, quel respect faut-il alors privilégier ? Avec dignité et humilité, mais sans démonstration ni sensiblerie, Delphine Horvilleur témoigne de ces moments si intenses où la vie doit rencontrer la mort et l’apprivoiser, puisque « c’est quand la vie et la mort se tiennent la main que l’histoire peut continuer ».

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En partenariat avec les Presses universitaires de France, Philosophie magazine propose chaque jour une entrée du «Dictionnaire philosophique» d'André Comte-Sponville. Aujourd'hui: « Judaïsme ».