2006-2026 : une histoire philosophique des vingt dernières années
2014 : les desseins de Vladimir Poutine anticipés par Michel Eltchaninoff
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Cet article est issu du numéro 200 de Philosophie magazine « On change d'ère ? “Philosophie magazine” a 20 ans ! », en kiosque le 04 juin 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Making-of
En mai 2014, notre collaborateur Michel Eltchaninoff publie dans nos pages une enquête, « Dans la tête de Vladimir Poutine ». Elle sera reprise et amplifiée dans un livre paru chez Actes Sud, traduit dans de nombreux pays. En plein élan de russophilie portée par des figures de l’intelligentsia française, notre rédacteur en chef faisait des prédictions qui se sont toutes vérifiées.
Extraits du n° 80
« Sur le plan politique et stratégique, “Poutine veut donc construire un empire eurasien” capable de concurrencer l’empire atlantiste. Dans un délai plus ou moins rapide, prophétise Douguine (“de trois semaines à trois ans”), il va mettre ce programme en œuvre. Il s’emparera d’une partie de l’Ukraine, celle située sur la rive droite du Dniepr. L’autre rive, Kiev comprise, deviendra une sorte de parc d’attractions, une “zone folklorique de l’identité ukrainienne, mais sans aucun pouvoir”. Il va par ailleurs étendre son influence sur les mouvements politiques européens favorables aux valeurs conservatrices et à une Europe chrétienne, en encourageant par exemple l’ascension de Marine Le Pen en France. […]
Quels seront les prochains pas du président russe ? Tous nos interlocuteurs s’accordent pour affirmer qu’il ne s’arrêtera pas à la Crimée, ni même à l’Ukraine orientale. Ensuite, les scénarios divergent. Va-t-il suivre un programme panslaviste, conforme aux vœux d’un néoslavophile de la fin du XIXe siècle, Nicolas Danilevski (1822-1885), qui, dans La Russie et l’Europe, appelle le tsar à rassembler les “frères slaves” ? Certainement pas, puisqu’il n’est pas question de faire du pied aux Bulgares, aux Serbes ou aux Tchèques. Vise-t-il à la constitution d’un royaume chrétien uni autour de la confession orthodoxe ? Non plus – même s’il peut jouer sur cette corde au cas par cas –, car la fédération de Russie est déjà multiconfessionnelle et il ne faudrait pas prendre le risque de perdre toutes les régions musulmanes du pays. A-t-il comme principe de rassembler tous les Russes et/ou les russophones ? C’est l’argument utilisé jusqu’à maintenant pour justifier la mainmise sur la Crimée et sur l’Ukraine orientale. Mais il est à géométrie variable… »