Le livre du jour
“22 Leçons de philosophie par et pour les mauvaises filles, les goudous, les travelos, les couires, les petits pédés et les grandes folles”, d’Alain Guyard
©Le Dilettante
Ce n’est pas vraiment un scoop, mais la place des femmes en philosophie est plus que mince. « Oui mais Simone de Beauvoir, Hannah Arendt, Simone Weil ! », brandit-on souvent face à ce constat. Certes, elles figurent au programme du baccalauréat (encore que Simone de Beauvoir n’était étudiée avant cette année que dans les classes de littérature, pas de philosophie). Mais l’arbre cache mal la forêt de toutes les absentes, les oubliées et ignorées. On peut s’en émouvoir mollement. Ou s’en énerver franchement et se lancer dans l’écriture d’un manuel de guérilla intellectuelle au ton aussi abrasif que le fond en est sérieux.
- Avec ses 22 Leçons de philosophie par et pour les mauvaises filles, les goudous, les travelos, les couires, les petits pédés et les grandes folles (Le Dilettante, 256 p., 20 €), Alain Guyard ne se contente pas de faire un recensement – qui, par ailleurs, ne comporte pas que des femmes, Charles Fourier et Socrate s’y promenant. Il a cette idée qu’une bonne partie de la philosophie, la métaphysique notamment, n’a rien d’une discipline neutre touchant au ciel asexué des idées, mais repose sur le point de vue de la moitié seulement de l’humanité, celle qui peut se payer le luxe d’ignorer la crasse du réel étant donné qu’elle l’a reléguée à l’autre moitié, les femmes.
- Pour le montrer, Guyard ne s’embarrasse pas vraiment de pincettes : « En vérité les femmes se contrefoutent de ce qui dure, parce qu’elles doivent se coltiner ce qui ne subsiste jamais, ce qui se renouvelle et se corrompt sans cesse, écrit-il. Cela commence à la puberté, avec ce corps qui a ses coquelicots tous les vingt-huit jours, puis avec les premiers chiards […]. Cela continue avec le mari, dont il faut remplir la panse et vider les génitoires. Cela s’achève par le beau-père dont il faut garnir la cuillère et vider le pot. »
- À partir de ce vécu, de cette expérience personnelle ou héritée, les femmes (Luce Irigaray, Hypatie d’Alexandrie, Monique Wittig ou encore Théroigne de Méricourt) tracent une voie différente. On peut s’y aventurer comme on visiterait une curiosité architecturale. Ou décider d’en faire son lieu de résidence permanent – en mixité, soyons sympas.
22 Leçons de philosophie par et pour les mauvaises filles, les goudous, les travelos, les couires, les petits pédés et les grandes folles, d’Alain Guyard, est paru chez Le Dilettante. Il est disponible en éditions « papier » et numérique.