Fait divers

Affaire Jean Pormanove : le retour du bouc émissaire

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Affaire Jean Pormanove : le retour du bouc émissaire

Le streamer français Jean Pormanove, dit «JP», de son vrai nom Raphaël Graven, qui a bâti une communauté massive de gamers sur le site de streaming Kick, est décédé le lundi 18 août à Contes, près de Nice (Alpes-Maritimes), à l’âge de 46 ans. ©LP/Olivier Corsan/Maxppp

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Jean Pormanove, streamer humilié et maltraité pendant des mois, est mort en direct le lundi 18 août. Ce drame pose une lumière crue sur notre rapport aux « boucs émissaires ». Éclairage avec Emmanuel Kant, Guy Debord et René Girard.


 

Après une retransmission en direct de presque trois cents heures, le streamer Raphaël Graven (connu sous le nom de Jean Pormanove) est décédé le lundi 18 août en direct, devant la caméra. Sa mort est survenue sur la plateforme Kick, concurrente de Twitch. Cet événement, dont on a souligné la proximité avec la série dystopique Black Mirror, a eu un retentissement mondial, notamment en raison des diverses humiliations subies quotidiennement par Raphaël Graven. 

Des baffes, des insultes, des sévices physiques pouvant aller jusqu’à la strangulation, c’est qu’endurait Graven de la part de Owen Cenazandotti, alias Narutovie, et Safine Hamadi, alias Safine, deux streamers qui partageaient l’écran avec lui. L’avocat de Safine a évoqué « un consentement généralisé » de Graven, notamment dans la mesure où ce dernier était rémunéré comme les autres streamers lors de ses passages en live.

Peut-on consentir à se faire maltraiter ?

Est-il possible de fournir un consentement éclairé à se faire frapper devant des milliers de spectateurs – même étant payé pour endurer de tels traitements ? Dans ses Leçons d’éthique (1775-80), Emmanuel Kant considère qu’un tel consentement contrevient à l’un des principes les plus fondamentaux de la morale : la dignité. En vertu de ce principe, tout être humain doit être considéré comme une « personne » – jamais comme « une chose ». Un individu qui accepte de subir des violences porte du même coup atteinte à son statut de personne, comme l’explique Kant sans mâcher ses mots :

“Quiconque offre son corps à la malice d’autrui pour en retirer un profit – par exemple en se laissant rouer de coups en échange de quelques bières – renonce du même coup à sa personne, et celui qui le paie pour cela agit de façon aussi méprisable que lui”

Emmanuel Kant, Leçons d’éthique (1775-80)

En l’occurrence, c’est bien la personne, et donc la dignité, de Pormanove qui étaient atteintes par ses bourreaux. Ceux-ci l’ont par exemple obligé à défiler dans la rue en arborant des pancartes « pipes gratis », ou « fellation et gorge profonde ». Il a également été filmé en train de nettoyer des excréments dans des toilettes. 

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