Agapè
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Cet article est issu du numéro 138 de Philosophie magazine « 138 - avril / mai 2020 », en kiosque le 26 mars 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Langue d’origine : grec
Quel rapport entre les agapes et l’amour pur et inconditionnel que signifie agapè en grec ? La réponse ne se trouve pas chez les classiques helléniques : pour parler d’amour, Platon préfère théoriser l’éros (le désir charnel qui parcourt Le Banquet), et Aristote la philia (l’amour fraternel évoqué dans l’Éthique à Nicomaque). L’agapè, lui, est mobilisé dans le Nouveau Testament, où il qualifie l’amour divin et l’esprit de charité. Dans la Bible latine, agapè est traduit par caritas. Lorsque Jean enseigne que « Dieu est amour », selon la traduction française, c’est d’un amour charitable et inconditionnel qu’il s’agit. Mais contrairement à éros, cet amour n’est pas à sens unique. Parce que Dieu nous aime, nous pouvons puiser dans son agapè et nous aimer les uns les autres. Si nous parlons d’« agapes » à propos d’un festin, c’est en référence aux dîners que les premiers chrétiens partageaient et qui portaient ce nom. La coutume des agapes chrétiennes s’est perdue au IIIe siècle, mais l’idée de partage s’est maintenue. L’agapè, c’est cet amour-communion universel que Nietzsche soupçonne d’être bien peu désintéressé dans sa critique des valeurs chrétiennes. Il y voit la ruse d’une morale qui menace la vitalité humaine, affirmant dans Par-delà bien et mal : « Le christianisme a empoisonné éros – il n’est pas mort, il est devenu vicieux. »