Exposition
“Le Surréalisme dans l’art américain”. Art-west
James Rosenquist, L’Atelier de Coenties Slip [Coenties Slip Studio], 1961, huile sur toile et panneau dur façonné, 86,4 x 109,2 cm. Paris, Galerie Thaddaeus Ropac © 2021, James Rosenquist Foundation/Licensed by Artists Rights Society (ARS), NY. Used by permission. All rights reserved. Photo © Christopher Burke
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Refermé sur lui-même, l'art américain ? C’est cette idée reçue que bat en brèche cette exposition visible jusqu'à fin septembre à La Vieille Charité à Marseille. Prenant appui sur le mouvement surréaliste, elle présente les influences croisées que le Vieux et le Nouveau Monde ont exercé l'un sur l'autre.
Un récit alternatif de l’histoire de l’art : voici ce que propose cette exposition consacrée au « surréalisme dans l’art américain », sous la direction du critique Éric de Chassey. Que l’événement se déroule à Marseille n’est pas fortuit, car c’est bien dans ce port que se réunirent des artistes européens comme André Breton, Max Ernst ou André Masson, avant d’embarquer vers les États-Unis pour fuir le nazisme. Cependant, l’art moderne américain ne les a pas attendus pour émerger, sa généalogie est plus ancienne, elle débute dès les années 1930 ; ensuite, les artistes en exil donnent bien naissance à deux courants. Le premier emprunte une voie abstraite, le second est plus figuratif. Mais l’influence et la pérennité de ce mouvement transatlantique ne se limitent pas au seul courant surréaliste « historique », qui aurait été supplanté par l’expressionnisme abstrait, proprement américain. L’exposition remet en cause cette vision nationaliste et défend l’existence d’une « autre tradition ». Elle aurait continué d’irriguer la pratique des plasticiens tels Rothko, Pollock ou Newman, par-delà les chapelles : pop art, art minimal, art conceptuel… James Rosenquist, par exemple, avec ses fragments empruntés à la réalité, ses associations dues au hasard objectif et ses collages, ne s’inscrit-il pas dans cette lignée surréaliste autant que pop ? Et l’on vérifie aussi, avec cette exposition iconoclaste, que le surréalisme est moins un courant artistique qu’une disposition d’esprit, qu’il est même, selon son premier manifeste, l’expression du « fonctionnement réel de la pensée », « en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale ».