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Agnès Gayraud : “Christophe libère la langue française pour en retrouver la part charnelle” 

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Aujourd’hui, la philosophe et musicienne Agnès Gayraud, plus connue du grand public sous le nom de La Féline, nous commente l’un de ses morceaux fétiches : “J’t’aime à l’envers”, du chanteur Christophe. Un morceau qui, à l’image de son titre, retourne effectivement les clichés – qu’ils soient sur la langue française, sur les chansons d’amour ou sur l’art du “songwriting” pop. Et qui s’approprie une certaine tradition de la variété française… pour mieux la réinventer.

« J’t’aime à l’envers est une chanson du regretté Christophe, un chanteur et compositeur pour qui j'ai une grande admiration. Ce morceau figure sur l'album Bevilacqua (d’après son vrai patronyme, Daniel Bevilacqua), sorti en 1996. Christophe y trouve une voix qui n'appartient qu'à lui, semblant chanter pour lui-même, dans un idiome presque idiosyncrasique. Le chanteur aimait faire résonner les sons pour eux-mêmes, indépendamment de leur sens. Christophe libère ainsi la langue française de son espèce de complexe de supériorité qui voudrait qu’elle soit une langue conceptuelle et “la langue de la profondeur” ; il retrouve la part proprement charnelle du français, et ce à un moment où les chanteurs pop se tournaient souvent vers l’anglais comme si le français était inadapté. En tant qu’artiste, Christophe m’a donc libérée de ce rapport complexé à la langue française : il m’a appris à reconnaître la possibilité de la manier de manière assez plastique, de l’écouter avec plus de fantaisie.

 

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