Dossier / “Peut-on devenir meilleur ? Et si oui, comment ?”

Alexis Lavis : “Dans la méditation, on ne s’améliore pas, on s’altère”

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Alexis Lavis : “Dans la méditation, on ne s’améliore pas, on s’altère”

© Marta Cerdà

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Cet article est issu du numéro 181 de Philosophie magazine « Peut-on devenir meilleur ? et si oui, comment ? », en kiosque le 11 juillet 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Philosophe et sinologue, enseignant à l’université en Chine, Alexis Lavis pratique la méditation après avoir été champion d’escrime. Pour lui, l’enjeu est moins d’être « meilleur » que d’affiner sa présence au monde et à autrui. 

 

Quel type de méditation pratiquez-vous ? 

Alexis Lavis : Je pratique Samatha et Vipashyanā, selon les noms indiens. Ce sont des exercices bouddhiques traditionnels de méditation, qui consistent essentiellement à être attentif au souffle et provoquent un paradoxe de l’attention, à la fois focalisée et ouverte. J’y suis venu assez jeune, autour de 16 ans, par goût de l’Asie et afin de n’avoir pas seulement un rapport à des textes mais aussi à un ensemble de pratiques. J’avais également essayé les arts martiaux. Dans la philosophie, l’expérience est d’abord celle de la pensée elle-même, alors que dans les traditions asiatiques, dans les textes indiens, bouddhiques notamment, il s’agit plutôt de descriptions d’expériences.

 

Quelle est la nature de ces expériences ? 

La méditation est une pratique au sens de la praxis d’Aristote, c’est-à-dire qui s’oppose à l’activité productrice. Le philosophe prend comme exemple la promenade : nous sommes des bipèdes, nous marchons. Ensuite, il évoque l’eupraxie – la « bonne pratique » –, qui exprime l’action qui nous est le plus propre. Pour Aristote, en l’occurrence, la participation à la vie politique et la pratique de la philosophie. L’activité contemplative est pour lui le sommet de la praxis en tant que libre activité du pouvoir propre de penser. Dans la méditation, on se concentre sur une qualité de la présence en expérimentant ce que signifie « être là ». Il s’agit de la libre activité non pas du pouvoir d’exister mais de l’exister tout court, car l’existence n’est pas une faculté. C’est tellement gratuit et radical que les Grecs n’y avaient pas pensé ! Il s’agit d’être ni trop « focus », trop concentré, ni trop ouvert, dans une sorte de torpeur absente. Pratiquer l’attention ouverte paraît compliqué, car notre attention est naturellement resserrée sur un point.

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