Théâtre

Amphi-Théâtre

Temps de lecture : 2 min

OrdreDiscours-MarcDomage

“Le Désordre du discours” d’après Michel Foucault – Mise en scène de Fanny de Chaillé © Marc Domage

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 135 de Philosophie magazine « Peut-on se mettre à la place des autres ? », en kiosque le 28 novembre 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La metteuse en scène Fanny de Chaillé propose de s'installer sur les bancs de la fac pour assister au Désordre de la leçon, un cours inédit de Michel Foucault. Interprété par le comédien Guillaume Bailliart, ce spectacle actuellement en tournée explore joyeusement avec les écarts entre pensée et parole.

Voir la leçon inaugurale de Michel Foucault au Collège de France est inédit. En effet, ce cours de 1970, édité chez Gallimard, n’a pas été enregistré. Cette absence de trace a inspiré Fanny de Chaillé. Épaulée par le comédien Guillaume Bailliart, la metteuse en scène a imaginé une gestuelle qui chorégraphie L’Ordre du discours, parfois le grippe, y introduit du désordre et de la réflexion. Que les représentations aient lieu dans des amphithéâtres n’est pas anecdotique, car il s’agit bien de remettre sur le métier la question magistrale que pose Foucault dans son éloquente leçon : « Qu’y a-t-il donc de si périlleux dans le fait que les hommes parlent, et que leurs discours indéfiniment prolifèrent ? » Le philosophe éprouve une hypothèse, selon laquelle toute société cherche à contrôler la production du discours via « trois grands systèmes d’exclusion » : l’interdiction de la parole, le partage entre la raison et la folie, la volonté de vérité. Comme pour la sexualité, il montre que la multiplication des discours sur le sujet ne libère pas la parole mais, au contraire, discipline ce qui échappe à la raison et le soumet à l’ordre du discours. Foucault s’intéresse ici à un paradoxe : et si notre besoin insensé de discours, notre logophilie, était l’envers d’une logophobie, d’une peur du désordre du discours ? En chorégraphiant la répétition, le bégaiement, l’irruption d’un mouvement inapproprié, Fanny de Chaillé et Guillaume Bailliart explorent précisément ce « jeu » entre la pensée et la parole. Ils lèvent « la souveraineté du signifiant » grâce à la performance et au geste. Un joyeux désordre.

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

Aporie ConvaincrePostmodernismeSophisteVérité