Clivages
Anciens/Modernes
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Cet article est issu du numéro 46 de Philosophie magazine « 46 - février 2011 », en kiosque le 27 janvier 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Entre partisans du « tout fout l’camp » et tenants du « tout va mieux », la querelle dure depuis le XVIIe siècle. Pourtant, les garants de la tradition ne sont pas forcément ceux auxquels on pense.
Le lundi 27 janvier 1687, l’Académie française se réunit pour célébrer le rétablissement de Louis XIV après une courte maladie. Charles Perrault, qui n’a pas encore compilé ses Contes, a rédigé pour l’occasion un Siècle de Louis le Grand qui fera date et scandale. Il débute ainsi : « La belle Antiquité fut toujours vénérable, — Mais je ne crus jamais qu’elle fût adorable. — Je vois les Anciens sans ployer les genoux, — Ils sont grands, il est vrai, mais hommes comme nous ; — Et l’on peut comparer sans craindre d’être injuste — Le siècle de Louis au beau siècle d’Auguste… » Après la défense vient l’attaque : « Platon, qui fut divin du temps de nos aïeux, — Commence à devenir quelquefois ennuyeux… — Chacun sait le décri du fameux Aristote — En physique moins sûr qu’en histoire Hérodote. » Après la séance, ses collègues viennent le féliciter pour cet exercice de flagornerie courtisane. Mais Perrault, en colère, leur réplique : il est très sérieux ; les Modernes n’ont rien à envier aux Anciens ! La polémique était lancée… ou plutôt relancée, car, de Pétrarque (1304-1374) à Philippe Muray (1945-2006) au moins, la querelle des Anciens et des Modernes traverse les esprits et les débats. En matière d’art, d’éducation, de politique, de science ou d’histoire, elle oppose les partisans du « tout fout l’camp ! » à ceux du « tout va mieux ! ».