Entretien

François Dosse : “La période giscardienne n’est portée par aucun imaginaire”

Temps de lecture : 5 min

Valéry Giscard d’Estaing en visite d’État en Guinée, le 21 décembre 1978

Valéry Giscard d’Estaing en visite d’État en Guinée, le 21 décembre 1978. © Georges Bendrihem/AFP

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François Dosse n’est pas un nostalgique des années Giscard, loin de là. Selon lui, la présidence qui se voulait avant tout « moderne » de Valéry Giscard d’Estaing a effectivement réussi à l’être, moderne – mais dans tous les mauvais sens du terme. Un futur qui s’obscurcit, des crises à répétition, un passé qui se transforme en patrimoine inerte… Finie l’utopie, vive la gestion ! Et pour l’historien des idées, le plus déplorable, c’est que quarante ans après, nous sommes probablement toujours englués dans l’héritage fâcheux de cette gouvernance. VGE no future ?

 

Valéry Giscard d’Estaing voulait incarner « une ère nouvelle de la politique française » lors de son mandat, selon ses propres mots. A-t-il réussi ?

François Dosse : Giscard marque, inévitablement, une rupture, dans la simple mesure où son ascension correspond à la fin du gaullisme et de la droite résistante. Il doit en partie son succès politique à l’émergence de certains courants de la « Nouvelle Droite », une droite décomplexée qui n’a pas du tout la même base idéologique que le gaullisme, une droite « orléaniste », libérale, qui prend ses distances avec la droite « bonapartiste », autoritaire, pour reprendre les catégories de l’historien René Rémond. Cela étant, sur le plan de l’exercice du pouvoir, Giscard conserve une pratique très personnelle et présidentielle, assez classique en somme. Un pouvoir sans doute un peu loin, ritualisé, et un peu plus démagogique sans doute – on se souviendra que Giscard cherchait, justement, à avoir l’air proche des Français, et s’invitait à dîner chez eux. Mais son pouvoir demeure en réalité très vertical et présidentiel, au sens traditionnel du terme. Il y a néanmoins une différence fondamentale avec de Gaulle : Giscard n’est pas un héros, mais un technocrate. Il se coule sans héroïsme dans les institutions. « Il ne sait pas que l’histoire est tragique », glissait le philosophe Raymond Aron à son propos. Il se contente de faire fonctionner les institutions – et montre, d’ailleurs, que ces institutions de la Cinquième République peuvent très bien fonctionner sans de Gaulle. 

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