Exposition

Au nom de la rose

Temps de lecture : 7 min

Au nom de la rose

“Récolte de la rose à Grasse”, vers 1900 : l’une des 300 œuvres à découvrir à Saint-Riquier. © Thierry Malty-Conseil départemental de la Somme

Cet article est réservé aux abonnés.

Une exposition célèbre la rose à l’abbaye de Saint-Riquier, dans la Somme (80). Or la reine des fleurs n’a pas uniquement fasciné les amoureux et les poètes. Elle a aussi passionné les philosophes. Voici pourquoi. 


 

Si la rose est la plus célèbre des fleurs, elle n’appartient pas seulement à la nature. Elle est aussi une réalité culturelle. Sa figure se dessine sur les toiles, les cartes postales, les meubles, les coussins, les tapis, etc. C’est tout l’enjeu de l’exposition « Rosemania », organisée jusqu’en février prochain à l’abbaye de Saint-Riquier, dans la Somme, qui « retrace une partie de l’histoire millénaire de cette fleur sauvage, qui a évolué depuis l’Antiquité pour devenir un symbole culturel et artistique » : mettre « en lumière la popularité et la fascination exercée de tous temps par la rose [à] travers plus de 300 œuvres ».

Nulle fleur ne méritait davantage une exposition dédiée. La rose ne serait-elle pas, comme le dit Sappho, la « reine des fleurs » ? Fleur massive, colorée, odorante, la rose frappe l’âme humaine et occupe une place privilégiée dans les jardins. « Imaginez l’émerveillement de l’homme s’il voyait aujourd’hui la première rose ! Il ne saurait quel nom extraordinaire lui donner », écrit Jules Renard. On ne s’étonne pas que bien des poètes se soient épris de cet enveloppement délicat de pétales, et que quelques philosophes l’aient choisi, dans l’ensemble bigarré de la nature, comme le symbole éclatant d’une vérité certaine.

La rose est sans pourquoi

Pour le poète mystique du XVIIe siècle Angelus Silesius, « la rose est sans pourquoi. » Heidegger, dans Le Principe de raison (1957), a commenté ce fragment. Il voit d’abord, dans la parole de Silesius, une attaque contre le principe de raison énoncé par Leibniz et ainsi résumé : « Rien n’est sans pourquoi. » « La rose est manifestement ici un exemple qui vaut pour tout ce qui fleurit, pousse, pour toute croissance. Dans ce domaine, suivant la parole du poète, le principe de raison n’a pas d’autorité. » La rose, dit encore Silesius, « fleurit parce qu’elle fleurit ».

Cet article est réservé aux abonnés