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Ollivier Pourriol/Cynthia Fleury. Les parents peuvent-ils réinventer l’école à la maison ?

Temps de lecture : 6 min

Éducation à distance © Pierre Mérimée/Réa

Dans les Pyrénées-orientales, le quotidien du confinement d'une enseignante et de ses deux filles. L’une fait ses devoirs sur le logiciel d'espace numérique de travail de l’école, l’autre dessine. © Pierre Mérimée/Réa

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En période de confinement, peut-on faire classe à la maison comme si on était à l’école – et maintenir la fameuse “continuité pédagogique” chère au gouvernement ? Ou est-ce l’occasion d’explorer de nouvelles formes d’apprentissage ? Les points de vue, très opposés, des philosophes Cynthia Fleury et Ollivier Pourriol.

Ollivier Pourriol : “OUI, c’est le moment de relâcher le temps disciplinaire pour en faire un temps initiatique”

J’entends beaucoup de parents craindre de « perdre du temps », de prendre du retard sur les programmes : je crois que nous ne devrions pas céder à cette angoisse du rattrapage. Je pense à une distinction faite par Michel Foucault, dans Surveiller et Punir [1975], entre le temps disciplinaire et le temps initiatique. Le temps disciplinaire est en quelque sorte celui de l’école : la temporalité y est rectiligne, avec une injonction à être toujours attentif, un rythme d’apprentissage soutenu, chronométré. Ce temps-là est aujourd’hui suspendu, et nous ne devrions pas chercher à reproduire le temps quantifié de l’école à la maison. À la maison, on a davantage de temps pour comprendre et apprendre. J’y vois une occasion d’expérimenter un nouveau temps initiatique. Le temps initiatique ressemble davantage à une spirale : le processus d’apprentissage est lent et perfectionniste, il nécessite de longues phases de maturation, de ressassement, mais aussi des phases d’oubli et d’expérience de l’ennui, à la manière de Baudelaire. Explorons donc les rythmes réels de l’attention et de l’apprentissage. Il ne s’agit pas de faire l’éloge de la paresse, au contraire : renouer avec une temporalité libérée de la quantification ouvre pour l’enfant la possibilité de travailler réellement, plus librement. Je pense, par exemple, aux modèles du compagnonnage et des arts martiaux : l’élève n’est soumis à un examen qu’une fois qu’il a acquis les compétences qui sont attendues de lui, jamais avant. Il n’y a donc jamais d’échec : l’épreuve n’est pas un risque, mais plutôt une reconnaissance, un moment d’extériorisation des compétences déjà acquises. 

“Le modèle doit être celui d’une recherche commune, d’une exploration libre par l’élève”

Ollivier Pourriol

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