Biologie
Petite phénoménologie des fleurs
© Chi-liu/Unsplash
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Comment sont apparues les fleurs ? La découverte, récente, de fossiles vieux de 99 millions d’années, pourrait bien éclaircir le mystère qui pèse sur leurs origines, qui interrogeait déjà la philosophe Hedwig Conrad-Martius.
« Éloignement infini du monde des fleurs »
Novalis, cité par Philippe Jaccottet in La Semaison, II
« La rose est sans pourquoi », disait le poète allemand Angelus Silesius. Est-ce à dire que, de la fleur, il n’y a rien à dire ? Charles Darwin considérait l’apparition de la fleur comme un « abominable mystère » dans l’histoire de l’évolution. Fragile, éphémère, les fleurs ont laissé bien peu de traces fossiles. Difficile dans ces conditions de saisir le devenir floral du végétal. La philosophe allemande Hedwig Conrad-Martius, l’une des disciples les plus admirées de Husserl, aborde la question, dans Die « Seele » der Pflanzen (« L'âme des plantes », 1934, inédit en français), par un tout autre bout que celui de la simple histoire phylogénétique. Elle réinscrit l’apparition de la fleur dans l’horizon beaucoup plus large d’une délimitation de l’essence de la vie végétale.
Des spores aux graines
Contrairement à l’animal, qui replie sur une intériorité au sein d’une forme finie, la plante est une « totalité ouverte » : elle est une poussée incessante vers l’extérieur. Cette poussée est une croissance jamais achevée. Elle se prolonge dans la « ramification », véritable « autoréplication » qui donne naissance, au niveau du bourgeon, ou encore par bouturage, par marcottage… à un nouvel individu, identique à la plante mère. Un clone. « Le rejeton témoigne d’une unité structurelle avec la plante mère », souligne Conrad-Martius. Au contraire, avec l’apparition de la reproduction, la plante commence à « se lancer au delà d’elle-même, en direction d’un nouveau commencement par rapport à elle-même ».
La forme primitive de la reproduction, c’est la spore. « Dans chacun de ces milliers de spores minuscules, la plante place chaque nouveau fondement complet d’elle-même, duquel elle s’est complètement retirée comme totalité. » Cette reproduction par spore, qui rend possible « la propagation la plus large à travers l’espace aérien », n’est pas à proprement parler sexuée, parce qu’elle n’implique pas de fécondation. La spore, simplement attachée aux feuilles, déjà « séparée et indépendante », se dissémine, germe, et n’est fécondé que dans un second temps, après avoir commencé à germer. De ce point de vue, elle représente « encore une propagation rectiligne de la plante mère ».