International

Au Soudan, la guerre oubliée

Temps de lecture : 8 min

Au Soudan, la guerre oubliée

Camp de réfugiés de Touloum, à l’est du Tchad. Une femme originaire du Darfour, au Soudan. © Amr Abdallah Dalsh/Reuters

Cet article est réservé aux abonnés.

Depuis deux ans, le Soudan est le théâtre d’une guerre civile d’une rare violence, qui a atteint un nouveau paroxysme avec les massacres dans la ville d’El-Fasher, en octobre. Pourtant, ce conflit très meurtrier mobilise peu l’attention internationale et la diplomatie peine à trouver une issue.


 

« L’épicentre de la souffrance humaine dans le monde. » C’est en ces termes que Tom Fletcher, chef des opérations humanitaires de l’ONU, a qualifié ce qui se passe actuellement au Soudan. Si les chiffres précis de la dévastation manquent, puisque ni les membres de l’ONU, ni les ONG, ni les journalistes ne sont autorisés à se rendre sur les terrains d’affrontement, les morts se comptent en dizaines de milliers et les déplacés, en millions.

Khartoum, capitale fantôme

Pourtant, en octobre 2025, lorsque les Forces de soutien rapide (FSR) ont pris le contrôle de la ville d’El-Fasher (Darfour) dans un bain de sang, et que cette attaque a été médiatisée, nous avions presque oublié que le chaos régnait au Soudan depuis plus de deux ans. Au printemps 2023, dans la ville d’El-Geneina, près de 15 000 personnes avaient déjà été tuées en deux semaines par les mêmes milices du général Dogolo, dit « Hemetti », rival du général al-Burhan, le chef des Forces armées soudanaises (FAS), l’armée régulière. Qui s’en souvient ?

“Depuis vingt ans, aucun travail de mémoire n’a été effectué au Soudan, pays déchiqueté par les exactions”

 

La capitale Khartoum, reprise début 2025 par les hommes d’al-Burhan qui contrôlent le centre et l’est du pays, a également été le théâtre de violents affrontements. Elle semble aujourd’hui vidée de ses habitants. Dans la ville d’El-Fasher, chef-lieu du Darfour (ouest du pays), où environ 200 000 habitants sont restés bloqués pendant les dix-huit mois du siège tout juste terminé, des dizaines de milliers de personnes manquent toujours à l’appel. Soit qu’elles aient été assassinées par les FSR, soient qu’elles errent encore sur les routes montagneuses de cette région aride du pays.

El-Fasher, du siège au bain de sang

Pour enquêter sur les massacres dans cette ville, il a fallu l’intervention à distance de chercheurs de l’université de Yale, qui ont pu recouper des images satellites avec des vidéos diffusées par les bourreaux sur internet. Ils relatent des faits d’une immense gravité : des civils exécutés à bout portant, des réfugiés fouettés sur la route ou se faisant rouler dessus par des 4x4. À plusieurs endroits, de larges traces rouges visibles depuis le ciel évoquent des exécutions de masse. Ailleurs, des talus laissent craindre que les miliciens ont creusé des fosses communes pour dissimuler leurs actes.

Cet article est réservé aux abonnés