L’invention

Automobile : le futur dans le rétro

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Automobile : le futur dans le rétro

Renault 17 x Ora Ïto (2024) © Renault

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Cet article est issu du numéro 183 de Philosophie magazine « Comment trouver le bon rythme ? », en kiosque le 26 septembre 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La nostalgie est un filon juteux. L’automobile se met, à son tour, à exploiter le goût contemporain pour le rétro. Le 4 septembre, Renault présentait une version futuriste de la R17, modèle populaire des années 1970. Le véhicule brouille, à dessein, les pistes temporelles. Si les jantes de l’auto ressemblent à des disques vinyles pour souligner, de manière peu subtile, la rémanence du passé, le moteur thermique laisse, lui, la place à un moteur électrique. 

  • Imaginé en collaboration avec le designer français Ora-ïto, le modèle n’est pas destiné à la commercialisation. Il s’agit plutôt, pour l’heure, de tester les débouchés potentiels d’une esthétique théorisée en interne par l’entreprise : le « restomod ». « Le terme “restomod” est la contraction de “restauration”, pour la restauration d’une voiture ancienne, et “modification”, en ramenant des codes de modernité », résume Arnaud Belloni, directeur marketing de la marque. 

  • « L’idée c’est d’utiliser un véhicule iconique et de le projeter dans le présent, voire dans le futur », ajoute Belloni. Renault n’en est pas à son coup d’essai. Des « restomods » de la R4 et de la R5 ont déjà été présentés. Même stratégie chez Peugeot, qui proposait en 2018 une version modernisée de sa 504.

  • Comment expliquer le succès de cette esthétique singulière ? Le philosophe Mark Fisher permet de comprendre la vogue actuelle du « rétrofuturisme ». Dans Le Réalisme capitaliste (trad. fr. Entremonde, 2018), il diagnostique un « épuisement de l’avenir ». « La dimension du futur a disparu, affirme-t-il. Nous sommes coincés dans le XXe siècle. » En cause, selon lui : le capitalisme qui est parvenu à imposer l’idée qu’aucune idéologie ne peut rivaliser avec lui. Notre capacité à imaginer le monde autrement, à créer du nouveau, s’en trouve amputée. « La fin est déjà arrivée, […] il se pourrait bien que l’avenir ne soit que réitération et repermutation » du même sous diverses formes. Nous rejouons le passé comme une tentative désespérée de rejoindre une époque où le futur semblait encore ouvert – en l’occurrence, la fin des Trente Glorieuse, avant le tournant néolibéral des années 1980 symbolisés par le « There is no alternative » attribué à Margaret Thatcher. Notre rétrofuturisme est donc nourri par la nostalgie de la vision perdue du futur qui existait encore il y a quelques décennies.