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Balance ton mur !

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Balance ton mur !

© Luis Torres/AFP

Cet article est issu du numéro 147 de Philosophie magazine « Liberté, égalité, identités - Comment reconnaître nos différences ? », en kiosque le 18 février 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Des tape-culs pour contester le repli nationaliste : c’est le pari des architectes californiens Ronald Rael et Virginia San Fratello, et d’un collectif d’artistes mexicains, Colectivo Chopeke, basé à Ciudad Juárez. Leurs balançoires roses à la frontière américano-mexicaine ont reçu le prix Beazley du design 2020. Un ultime pied de nez à Donald Trump qui, en 2016, faisait de l’érection d’un mur pour contrôler la frontière avec le Mexique une promesse phare de sa campagne. Quatre ans plus tard, 727 km de clôture ont vu le jour, causant des dommages considérables à l’environnement. Le nouveau président Joe Biden s’est engagé à mettre fin au projet, mais l’enjeu politique reste sensible : aux États-Unis comme dans bien d’autres pays, les murailles s’élèvent, qui prétendent séparer les mondes. Toutefois, à l’instar des enfants qui jouent à la bascule de part et d’autre de la démarcation, ces remparts lézardés font l’objet de transgressions, qui témoignent d’un autre sens de la frontière. L’opposition rigide entre « nous » et « eux » que matérialisent les murs nie en effet un trait essentiel de notre condition, affirme Gloria Anzaldúa, dans This Bridge We Call Home (2002, non traduit). Car nous sommes « simultanément dedans/dehors », l’altérité est constitutive de notre être. Au mur, la philosophe chicana oppose une autre conception de la frontière : le « pont ». Si elle est envisagée comme un point de passage, la frontière ouvre un « entre-deux, un espace instable, imprévisible, précaire, toujours en transition ». Un appel à dépasser la fermeture hermétique sur soi.