2. La voie du combat

Balance ton poing

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Poing-Badass

(cc) Unsplash / Brooke Lark

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Cet article est issu du numéro 116 de Philosophie magazine « Peut-on désirer sans dominer ? », en kiosque le 11 janvier 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Face au sexisme, le temps de la parole est révolu, affirme la philosophe Elsa Dorlin, pour qui les femmes doivent désormais convertir leur colère en puissance d’agir. Aux armes, citoyennes !

« L’histoire de l’émancipation des femmes est traversée par le tabou du recours à la violence. On applaudira les mesures de protection des femmes, mais elles constituent aussi une reconnaissance de leur statut d’éternelles victimes, celles-ci étant, de leur côté, comme emmurées dans un sentiment d’impuissance, de honte, de mésestime de soi. Or l’expérience partagée du sexisme, ce n’est pas d’abord la honte, c’est la rage : rage contre l’agresseur, contre la société complice, rage inexprimable de n’avoir pas su, pu faire ce qu’il fallait pour se sauver. Pourtant, si les femmes se défendaient avec violence, elles deviendraient indéfendables. J’ai voulu réfléchir à cette rage et à sa conversion en puissance d’agir. On dira que je plaide pour la “guerre des sexes”… alors que, en désignant des corps comme “violentables”, des sujets comme de la viande ou des butins, on légitime une forme de violence crasse.

Les femmes engagées dans la Révolution française ont réclamé en 1792 le droit de constituer une garde nationale armée féminine. On les a représentées comme des folles, des meurtrières, des êtres dénaturées. Mais elles revendiquaient ainsi l’accès à l’autonomie : avoir le droit aux armes, c’est abolir la distinction entre citoyen actif et passif ; avoir le droit de se défendre soi-même, c’est donc sortir du statut mineur de l’individu à protéger.

En Angleterre à la fin du XIXe siècle, des suffragistes ont prôné l’action directe, physique. Leur slogan “Assez de mots, à présent des actes” prend à rebours le vieux stéréotype sur les femmes “moulins à paroles” – les femmes, par nature, se déverseraient d’humeurs, de sang, de larmes, donc aussi de mots… Les suffragistes ont saisi que plus elles se tenaient dans le registre du discours, plus elles entérinaient leur dépendance à l’égard de l’autorisation d’autrui. En descendant dans la rue, il ne s’agit pas de “demander” des droits, mais de les prendre. Elles ont appris le jiu-jitsu, qui faisait son apparition en Angleterre. Et en s’entraînant ensemble, elles ont collectivement libéré leurs corps. Elles ont pu créer une autre norme de la féminité, puissante, autonome, irrévérencieuse. C’est par cette conscience “musculaire” que se forme une conscience féministe.

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