Philo en série(s)
“Battlestar Galactica”, ou l’accomplissement de l’humanité par et dans la machine
Dans la série “Battlestar Galactica”, le vaisseau spatial “Pegasus” fait partie des “battlestars” de dernière génération (classe Mercury). Il est donc plus gros (environ le double, soit 1790m de long) et plus puissant que le vieux “Galactica”. © Copyright FR_tmdb
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Il y a vingt ans, le premier épisode de la série Battlestar Galactica de Ronald D. Moore était diffusé. Retour sur un périple interstellaire qui a marqué les imaginaires par sa profondeur philosophique.
« Vous voulez briser le cycle ? Briser le cycle de la naissance ? de la mort ? de la renaissance ? de la destruction ? […] Cela dépend de nous, de nous seuls. Il faut vivre dans l’espoir et non dans la peur »
— Gaius Baltar
Destin, liberté, mort, résurrection, etc. : on ne saurait donner une liste exhaustive des thématiques philosophiques qui irriguent la série Battlestar Galactica, développée par Ronald D. Moore, dont le premier épisode était diffusé il y a vingt ans, en 2004, sur la chaîne britannique désormais disparue Sky One. Les quatre saisons s’inspirent d’une série plus ancienne, Galactica, créée en 1978. Mais une fois n’est pas coutume, le remake est bien davantage passé à la postérité télévisuelle, et ce comme l’une des odyssées spatiales les plus marquantes du petit écran. C’est tout particulièrement sa réflexion profonde sur les frontières de l’humanité, sur sa différence avec la machine – son autre, son ennemi aussi bien que son supplément indissociable – qui en fait l’intérêt. « L’enjeu du rapport Homme-Machine » est le coeur de la série, résume René Lemieux dans son article « La machine comme “prothèse d’origine” : réflexion philosophique sur le sujet humain dans Battlestar Galactica de Ronald D. Moore » (2017).
Résumons rapidement les grande lignes, pour planter le décor. Dans ce qui semble être un lointain futur, l’humanité vit sur douze planètes. Ces douze mondes ont été peuplés par les Douze Tribus qui ont quitté, deux millénaires avant le début de la série, leur planète-mère, Kobol, à la recherche d’un nouveau monde où s’installer. Exilés, il n’en continuent pas moins à vénérer les Seigneurs de Kobol aux noms évocateurs : Zeus, Athéna, etc. Au fil du temps, ils ont conçu des androïdes, les centurions cylons, qui ont fini par se révolter, avant la passation d’un armistice. La série débute à l’époque de cette paix précaire, qui va vite laisser place au chaos. Des cylons organiques, physiquement identiques aux humains, ont en effet infiltré les Douze Colonies. Leur action coordonnée permet aux cylons de déclencher un holocauste nucléaire qui anéantit presque intégralement l’humanité. Réfugiés dans des vaisseaux spatiaux, les survivants prennent le chemin de l’exil, sous la direction de la présidente Laura Roslin et de l’amiral William Adama, commandant du Battlestar Galactica, le seul navire de guerre qui a échappé à l’apocalypse, à la recherche de la Terre – la planète où se serait installée la légendaire Treizième Colonie.
Le mystère des origines
La progression de la série obligera les habitants de la flotte humaine à la dérive à revoir entièrement le grand récit interstellaire de leur histoire. Les hommes des Douze Colonies sont bien les descendants des êtres humains de la planète Kobol. On comprend cependant bientôt que la mythique Treizième Colonie n’était pas, en réalité, une colonie humaine, mais une colonie de cylons organiques mis au point sur la planète des origines et qui ont finalement choisi de suivre leur propre voie. Le savoir et la mémoire se sont perdus en cours de route. Et l’histoire semble se répéter. « Tout cela est déjà arrivé, et arrivera encore à nouveau », répètent les personnages. Du fond des âges, une intuition s’esquisse : la machine ressemble à l’humain au point d’être prise pour lui. Son devenir « naturel », son évolution la rapproche irrésistiblement de cette humanité dont elle a été séparée.