Cinéma
“Beau Is Afraid” : Peter Pan sur le divan
Joaquin Phoenix dans “Beau is Afraid” (Ari Aster, 2023). © Takashi Seida
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Le film Beau Is Afraid, d’Ari Aster, mélange épopée, film paranoïaque et psychanalyse. Il montre un quinquagénaire (Joaquin Phoenix) névrosé et apathique, en conflit larvé avec sa mère. Une illustration du syndrome de Peter Pan, visuellement enthousiasmante mais caricaturale sur le fond.
« Culpabilité. » Le psychiatre de Beau Wassermann (Joaquin Phoenix) écrit ce mot sur son calepin au début de Beau Is Afraid, lorsque son patient explique, avec un enthousiasme incertain, devoir se rendre chez sa mère pour son anniversaire. Une inscription qui vaudra pour prophétie autoréalisatrice : le lendemain, Beau rate son avion, et sa mère, attristée par sa non-venue, meurt accidentellement. Beau passera les trois heures du film à tenter de se rendre à ses funérailles, pétri de culpabilité à l’idée d’avoir indirectement causé sa mort.
La culpabilité, autant que la peur (le « afraid » du titre), guide le protagoniste tout au long de l’épopée qu’il va traverser. Mais Beau ne craint pas seulement d’avoir tué sa mère, dans une sorte d’Œdipe inversé. Il se sent plus généralement coupable d’être un mauvais fils. Accusation que rejette Beau, puisqu’il l’aime, ou du moins assure l’aimer… Aux yeux du spectateur, Beau est surtout un homme veule, dépassé par les événements, un petit garçon de 50 ans pleurnichard et égocentrique. Doit-on croire avec lui qu’il n’a aucune raison de se sentir coupable ?
Peter Pan au pays des merveilles
Construit comme un cauchemar en cinq chapitres, avec un Beau bringuebalé d’un monde à l’autre (un quartier, une maison, une forêt… composent autant de décors hallucinés et inquiétants), le film traite d’une question psychologique à travers un dispositif surréaliste, où le grotesque côtoie l’absurde. À la manière d’Alice au pays des merveilles, le personnage vit au gré des substances qu’il absorbe et des rencontres folles qui s’ensuivent, les médicaments remplaçant les parts de gâteau et un phallus géant en colère, la Reine de cœur – pour citer quelques images marquantes.