Hors-série « L'art de bien parler »
Bien placer sa voix
Cet article est issu du Hors-série n°N° 51 de Philosophie magazine « L’art de bien parler », en kiosque le 18 novembre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Nous ne pouvons malheureusement pas choisir notre timbre de voix. En revanche, nous pouvons toujours travailler les modulations, les variations de celle-ci, ainsi que le souffle, la respiration. Il s’agit même là d’un impératif pour l’orateur, comme le soulignent les plus grands théoriciens de la rhétorique. En effet, de quoi aurait l’air un discours aux accents pathétiques, mais porté par une voix monocorde, plate, sans relief ? La diction doit donc s’adapter au sujet afin de servir le propos.
Quintilien
« De même que le musicien, fidèle aux lois du chant et de la modulation, exprime tour à tour avec élévation, avec douceur, avec calme, les sentiments nobles, agréables ou modérés, et s’applique à bien peindre les sentiments renfermés dans les paroles ; de même l’orateur, selon qu’il élève ou abaisse la voix, suivant les inflexions qu’il lui donne, remue différemment l’âme des auditeurs ; et, pour me servir des mots de la définition qui précède, nous varions la modulation de la phrase et de la voix selon que nous voulons exciter l’indignation ou la pitié des juges. Qui pourrait nier ces effets de l’éloquence, quand on voit que des instruments inanimés, qui ne peuvent exprimer la parole, produisent cependant sur l’âme des impressions si différentes ? »
Institution rhétorique (Ier siècle av. J.-C.).
Rhétorique à Herennius
« La flexibilité de la voix appartenant tout entière à la rhétorique, demande une attention particulière. Elle comprend le ton ordinaire de la conversation, celui de la discussion et celui de l’amplification. Le premier est calme et ressemble à celui du langage habituel ; le second est vif, comme il convient à la confirmation ou à la réfutation. Le troisième a pour objet d’exciter dans l’âme de l’auditeur la colère ou la pitié. Le ton ordinaire convient dans quatre circonstances ; il se prête à la dignité, à la démonstration, à la narration, à la plaisanterie. La dignité s’exprime avec une certaine gravité de sons et à voix un peu basse ; la démonstration fait voir, dans un ton calme, qu’une chose a pu, ou n’a pas pu arriver ; la narration expose les faits comme ils sont, ou comme ils auraient pu se passer ; la plaisanterie cherche, dans une circonstance particulière, le sujet d’un rire décent et de bon goût. Le ton de la dispute est continu ou divisé ; il est continu quand on précipite son débit avec force ; il est divisé quand on mêle à de rares et courts intervalles des éclats de voix retentissants à une déclamation ordinaire. Le ton de l’amplification est de deux sortes ; il veut ou exciter, ou attendrir : il excite, en exagérant le délit pour provoquer la colère des auditeurs ; il attendrit, en exagérant les infortunes, afin de porter à la compassion. »
Anonyme (Ier siècle av. J.-C.).
Évariste Boulay-Paty
« Le silence dans l’homme est une dignité, c’est un beau vêtement sur une noble pose.
Éloquent sans parler, un esprit grave impose.Il fait bien deviner sa force et sa beauté. »
« Le Silence », in Sonnets de la vie humaine (1851).