Boris Cyrulnik « J’ai besoin de l’autre pour devenir moi-même »
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Cet article est issu du numéro 2 de Philosophie magazine « 2 - juin/juil. 2006 », en kiosque le 25 mai 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Neurologue et psychiatre, Boris Cyrulnik est aussi une figure de l’éthologie, science qui observe les êtres vivants dans leur milieu naturel. Il revient sur la notion de résilience et sur l’importance de la perception et de la désignation de l’autre dans le développement humain.
Philosophie magazine : L’éthologie est, depuis un siècle, au cœur de la transformation des rapports entre l’homme et l’animal. Comment concevez-vous ce changement ?
Boris Cyrulnik : L’éthologie se définit comme l’observation du comportement des êtres vivants dans leur milieu naturel ou spontané. On continue à faire la distinction entre éthologie animale et éthologie humaine, mais, en réalité, il s’agit de l’être vivant en général. Si l’homme a longtemps cherché à tirer de sa confrontation avec l’animal un argument de sa supériorité, l’éthologie nous fait découvrir le monde animal pour lui-même, dans son aspect énigmatique et mystérieux.
Vous étendez l’éthologie de l’animal à l’humain. Pouvez-vous nous donner un exemple de ce prolongement ?
B. C. : Grâce aux études menées sur des brebis, nous avons appris à mesurer la sensibilité du fœtus humain à la voix de la mère. En plaçant un micro-hydrophone dans l’utérus d’une brebis qui s’apprêtait à mettre bas, on s’est rendu compte que le liquide amniotique était un excellent conducteur des basses fréquences. Dans le ventre maternel, le bébé perçoit la voix de sa mère comme une caresse, les basses fréquences viennent toucher son visage et sa main. Après sa naissance, le bébé conserve cette sensibilité.
Plutôt que le langage ou le calcul, vous étudiez des comportements concrets, comme le « montrer du doigt ». Que nous apprennent-ils et y a-t-il des équivalents dans le monde animal ?
B. C. : Longtemps jugé par les psychanalystes comme un comportement insignifiant, le « montrer du doigt » a été reconnu, grâce à l’éthologie, comme un geste fondamental. J’ai dirigé les premières recherches menées par Anne Robichez-Dispa dans ce domaine. Nous avons réussi à prouver que la présence ou l’absence de ce geste chez l’enfant n’est rien moins que la condition prélinguistique et première de la parole.