Danse

“Brel” : Anne Teresa De Keersmaeker et Solal Mariotte rejoue la geste du “grand Jacques”

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“Brel” : Anne Teresa De Keersmaeker et Solal Mariotte rejoue la geste du “grand Jacques”

Brel. ©Anne Van Aerschot

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Cet article est issu du numéro 199 de Philosophie magazine « À qui appartient mon temps ? », en kiosque le 29 avril 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker et le breakdancer Solal Mariotte redonne vie et mouvement aux chansons de Jacques Brel dans un spectacle habité.

 

Un corps, « c’est une façon d’organiser l’espace. C’est une façon de penser le monde », note Anne Teresa De Keersmaeker dans son livre d’entretien avec Laure Adler, Quand elle danse (Seuil, 2025). Forte de cette conviction, la chorégraphe belge engage le sien dans Brel avec le breakdancer Solal Mariotte. Ensemble, ils investissent l’espace sobrement, avec une scénographie réduite à un micro sur un pied et à la projection des paroles du « grand Jacques » en fond de scène. Cette « chorégraphie de chansons » reprend sa discographie en commençant par le début, suivant un ordre chronologique jamais ennuyeux, depuis Le Diable (ça va) jusqu’aux Marquises, en passant par Les Flamandes qui « dansent sans mollir » ou encore Rosa. « Rosa, rosa, rosam »… s’entend comme un clin d’œil à la compagnie fondée par Anne Teresa De Keersmaeker : Rosas. Davantage connue pour ses créations abstraites (sur les musiques de Jean-Sébastien Bach ou Steve Reich), elle déploie ici toute son expressivité dans une valse à mille temps avec son partenaire de scène. « Être corps, c’est être noué à un certain monde […], et notre corps n’est pas d’abord dans l’espace : il est à l’espace », écrit Maurice Merleau-Ponty dans sa Phénoménologie de la perception. C’est-à-dire que nous habitons le monde et qu’il nous habite tout à la fois, que nous le traversons et qu’il nous traverse, comme en attestent les deux talentueux interprètes. Avec une économie de moyens mais un engagement qui va jusqu’à la mise à nu, ils rendent ainsi grâce à la perception sensible du musicien, à sa manière géniale d’encapsuler notre rapport au temps, à la beauté ou à l’amour. Comme c’est charmant !

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