“Ce n'est qu'un début”: les enfants à l’école de la pensée

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“Ce n'est qu'un début”: les enfants à l’école de la pensée

Ce n'est qu'un début © Le Pacte

Suivant les premiers pas en philosophie d’une classe de maternelle, le documentaire ”Ce n’est qu’un début” démontre la fécondité de l’enseignement précoce des ressorts de l’argumentation.

« Les enfants sont tous des philosophes, seuls certains le demeurent » affirme un matin Michel Onfray à la radio ; la formule déclenche la réalisation du film documentaire Ce n’est qu’un début, sur l’enseignement précoce de la philosophie aux enfants, en salle le 17 novembre 2010. Car la curiosité piquée par la déclaration du philosophe, Cilvy Aupin, productrice, s’interroge aussitôt sur cette prétendue posture philosophique des très jeunes enfants. Existe-t-il un moyen d’entretenir ce naturel philosophe et en quoi peut donc consister une philosophie pour les enfants? Comment pensent les enfants?

 

En guise de réponse, accompagnée des réalisateurs Jean-Pierre Pozzi et Pierre Barougier elle plonge une caméra au cœur d’une classe de maternelle de Seine-et-Marne : à l’école Jacques Prévert, Pascaline Dogliani expérimente depuis 2007 la philosophie pour les enfants. Comment ? À raison de deux à trois séances par mois, très ritualisées – une bougie est allumée pour signifier chaque début de session, le sujet est affiché, les enfants se mettent en cercle… - elle aborde avec ces apprentis de cinq ans des sujets comme la richesse, la différence, la mort ou la liberté…

Parfois ténue, la dimension philosophique de ces séances réside moins dans la matière traitée (la dimension conceptuelle est évidemment absente) que dans la méthode et les ambitions : vertu citoyenne, intellectuelle et personnelle du dialogue argumenté et du questionnement, entretient de la capacité d’étonnement… Ce que l’UNESCO dans ses études sur la pratique de la philosophie pour les enfants nomme  « Discussion à Visées Philosophiques ».

Au terme des deux ans de tournage, les enfants s’écoutent plus, s’expliquent sinon argumentent, bref apprennent à s’entendre. Et la thèse du film est bien celle-ci : le dialogue est le premier antidote à la violence et le premier ciment d’une société bien constituée. Cette expérience menée en maternelle s’inscrit dans une entreprise plus vaste d’introduction de la philosophie aux âges les plus précoces, dont témoignent les efforts de publications à l’attention de la jeunesse et les ateliers de philo, dont les « Petites conférences – lumière pour enfants » à Montreuil.


Méthode Lipman

La méthode s’inspire des travaux fondateurs du philosophe et pédagogue américain Matthew Lipman, qui préconise notamment dans À l’école de la pensée, le développement et l’émulation de la pensée critique et réflexive chez des jeunes dont, a priori, l’ouverture d’esprit et le pouvoir d’étonnement n’ont pas été altérés, la favorisation de l’activité intersubjective, le respect et l’écoute…

La pratique n’est pas tout à fait inédite puisque plus vingt pays dans le monde sont avancés sur la question, selon l’étude de l’Unesco « La Philosophie, une école de la liberté » datant de 2007. On l’enseigne ainsi précocement, certes souvent à partir de sept ans et non à cinq, en Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Espagne, Etats-Unis , France, Italie, Japon, Norvège, Royaume Uni, et dans beaucoup de pays latino-américains…

En outre, beaucoup de philosophes la défendent - Barbara Cassin, Jean-Luc Nancy ou Alain Badiou ont tenu des « Petites conférences », Michel Puech dirige la collection « Goûters philo »… Et Épicure déjà écrivait à Ménécée : « Que nul, étant jeune, ne tarde à philosopher, ni, vieux, ne se lasse de la philosophie. Car il n'est, pour personne, ni trop tôt ni trop tard, pour assurer la santé de l'âme. Celui qui dit que le temps de philosopher n'est pas encore venu ou qu'il est passé, est semblable à celui qui dit que le temps du bonheur n'est pas encore venu ou qu'il n'est plus. »