Le sens du détail

Charles III : God save the carotte

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Charles III : God save the carotte

Le 3 avril, au château de Windsor, le roi d’Angleterre Charles III joue dans une flûte taillée dans une carotte. © Aaron Chown/WPA Rota via Reuters

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Cet article est issu du numéro 189 de Philosophie magazine « Peut-on réparer ses erreurs ? », en kiosque le 24 avril 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’image en a fait sourire plus d’un. Que fait donc le roi Charles III avec une carotte aux allures de flûte entre les mains ? La scène se déroule le 3 avril au château de Windsor. Le souverain y recevait plusieurs associations musicales britanniques. Parmi elles, le London Vegetable Orchestra (« orchestre des légumes de Londres »), un groupe de musiciens qui joue avec des instruments exclusivement fabriqués à partir de légumes frais, donc périssables. Curieux, le souverain a lui-même entonné quelques notes de « Twinkle Twinkle Little Star » (l’air de « Ah ! vous dirai-je maman… ») avec un pipeau taillé dans une carotte. Lancé en 1998 à Vienne par l’artiste Jörg Piringer, le principe des « Vegetable Orchestra » a essaimé à travers le monde. Sur Internet, les tutoriels pour créer ses légumes musicaux pullulent depuis quelques années. La démarche pourrait n’être qu’une blague, mais l’essayiste Ian Peel en montre l’intérêt dans son essai The Unknown Paul McCartney (2002 ; inédit en français), consacré aux travaux d’avant-garde de l’ex-Beatles : il s’agit de créer « un genre totalement nouveau et autonome de sons qui ne peuvent être produits par les instruments musicaux conventionnels », en mettant à profit la musicalité ignorée de légumes réduits trop souvent au rang de « moyens pour satisfaire l’appétit ». L’initiative participe, pour Peel, d’un mouvement plus global d’« extension des frontières musicale », qui vise à nous guérir de la « surdité fonctionnelle socialement induite ». Partout, le monde regorge de potentialités mélodiques. Jouer avec la nourriture n’est peut-être pas toujours une mauvaise chose.