Hors-série « L'amitié »
Charles Pépin : comment se fait la rencontre amicale ?
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Cet article est issu du Hors-série n°N° 50 de Philosophie magazine « L’amitié. Ce que nous avons de meilleur ? », en kiosque le 29 juillet 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La vraie rencontre est surprenante sentiment de familiarité immédiate, éblouissement, « dessaisissement » face à l’autre… L’amitié, lorsqu’elle survient, ne nous laisse pas indemne. C’est d’ailleurs sa vertu principale, selon le philosophe Charles Pépin elle nous transforme profondément. L’ami est cet être singulier qui fait advenir des parts inconnues de nous-même.
Vous avez récemment publié un beau livre sur la philosophie de la rencontre, qu’elle soit amoureuse, amicale ou professionnelle. Avez-vous identifié une spécificité de la rencontre amicale ?
Il me semble qu’il n’y en a pas. Dans une rencontre amicale, il peut y avoir ce sentiment d’évidence, de familiarité avec un inconnu – qu’on peut aussi éprouver dans un contexte amoureux. On se retrouve en quelque sorte chez nous hors de nous, comme si nous étions faits pour nous retrouver dans notre élément alors même que nous sommes confrontés à de la nouveauté. Pour le dire autrement, apparaît dans ma vie un inconnu que j’ai aussitôt l’impression de connaître depuis longtemps et avec lequel je me sens mieux.
C’est quasiment un coup de foudre amical ?
Oui, exactement. Du moins, c’est l’une des possibilités de la rencontre. Paul Éluard et Pablo Picasso, par exemple, ont éprouvé ce type d’attirance à la fois évidente et irrésistible dans lequel le contact avec l’autre s’accompagne d’une familiarité immédiate associée à un sentiment de confiance. Dans ce coup de foudre amical, on est tout de suite bien avec la personne et on a un sentiment de confiance difficilement explicable puisqu’on ne la connaît pas. Et cette confiance porte naturellement à la confidence – ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces deux mots ont la même racine étymologique. Tout se passe en somme comme si cet inconnu avait justement vocation à ne plus être un inconnu. Étrange rapport au temps qui fait qu’on est à la fois convoqué dans l’instant présent tout en ressentant plus ou moins consciemment que ce présent ouvre un avenir, et avec lui, le champ des possibles. On se prend à avoir envie de faire plein de choses avec cet ami, des choses auxquelles on n’aurait préalablement même pas songé ! Des désirs nouveaux jaillissent de cette rencontre : monter une entreprise, partir en voyage, s’engager pour une cause, ou que sais-je… La rencontre amicale est le catalyseur d’un désir jusque-là absent.
Quel genre de désir ?