Philo Fourneaux

Charlotte à la Aristote

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Charlotte à la Aristote

Charlotte aux fraises et framboises réalisée par Erman Uyanik

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Cet article est issu du numéro 87 de Philosophie magazine « Guide d’autodéfense contre le fanatisme », en kiosque le 16 février 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour 8 personnes

1,5 bol de mûres, 6 petits suisses, 3 cuillerées à soupe (c. à. s.) de fromage blanc onctueux, 200 g de sucre, 2 à 3 paquets de biscuits à la cuillère, 2 bols de fraises, 2 bols de framboises, 2 c. à. s. de rhum blanc
 

De quelles parties et de combien les charlottes sont composées, cela a été démontré de manière assez claire par nos prédécesseurs au cours de leurs enquêtes pâtissières ; mais par quelles causes ce dessert est de cette façon, c’est ce qu’il faut maintenant examiner. La nature ne faisant rien en vain, dans chacune des mûres, c’est le coulis qui est l’essentiel et la fin. Votre main étant l’instrument des instruments, saisissez-vous donc du mixeur et ayez conscience que si celui-ci était un animal, son âme consisterait à broyer les mûres. Du liquide obtenu, l’homme prudent prélèvera environ un tiers pour le mélanger aux petits suisses, au fromage blanc et à la moitié du sucre, sans prétendre atteindre la certitude du mathématicien dans la détermination de la juste mesure. Par ailleurs, que ceux qui soutiennent qu’il est inutile de tremper les biscuits dans du sirop se trompent dans leurs prémisses, cela est manifeste. En effet, rien ne produit une perception de saveur sans humidité, comme cela est évident par induction ; la cause productrice doit donc contenir de l’humidité en acte. C’est pourquoi il faut baigner rapidement chaque gâteau dans le reste du coulis, qu’on aura préalablement mélangé au rhum et au reste du sucre. Pour la suite des opérations, un moule à charlotte est indispensable. De même, nous avons raison de dire qu’une statue advient à partir de l’airain et non que l’airain devient une statue. Une forme est communiquée à la charlotte par l’intermédiaire du moule préalablement beurré (tâche salissante qu’il convient de laisser à vos gens), lequel est aux ingrédients ce que le sperme est aux menstrues. À l’intérieur du moule, vous alternerez une couche de biscuits avec une couche de fraises et de framboises et enfin une  couche de crème à la mûre, en prenant soin de terminer par les biscuits que vous tasserez avec une assiette, sans quoi vous n’obtiendrez jamais une charlotte en entéléchie. Tous les corps terreux se condensent et s’épaississent en refroidissant, aussi laissez votre charlotte au réfrigérateur le temps d’une nuit. Vous la dégusterez demain en compagnie de quelques amis – puisque sans amis, nul ne peut vivre.
 

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