Société
Les recettes de cuisine, une histoire de transmission
© Amber Maxwell Boydel/Unsplash
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« 56 % des Français puisent leur inspiration culinaire directement de l'héritage maternel. » Ce sont les conclusions d’une étude récente menée par NellyRodi pour l’entreprise de livraison de repas HelloFresh. La cuisine est-elle donc une affaire de transmission ? Éclairage avec les philosophes Simone de Beauvoir et Iris Marion Young.
Les philosophes se sont rarement intéressés aux recettes de cuisines et peut-être moins encore à leur transmission. Transmission de génération en génération qui fut en réalité le plus souvent une transmission de femme en femme – en témoignent, aujourd’hui encore, l’image des « recettes de grand-mère » et l’importance toujours très nette de la cuisine maternelle dans les pratiques. En régime patriarcal, la cuisine est par excellence une activité domestique dévolue aux femmes – comme l’ensemble des activités de reproduction, de conservation, de préservation au sein du foyer. « Les femmes sont asservies à la cuisine, au ménage », écrit Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe (1949).
“L’habitat, l’aliment sont utiles à la vie mais ne lui confèrent pas de sens”
Mécaniques, répétitives, aliénées à la satisfaction de besoins qui sans cesse renaissent, ces activités auxquels les femmes sont réduites n’ont, pour Beauvoir, pas la noblesse de l’Histoire. Elles n’inaugurent rien de nouveau, ne créent rien de durable. Elles appartiennent – et la cuisine plus peut-être que toutes les autres – au temps cyclique, radicalement différent de celui de la temporalité du projet qui ouvre un nouvel avenir. Les descriptions de la philosophe sont éloquentes :
« Quotidien, ce travail devient monotone et machinal ; il est troué d’attentes : il faut attendre que l’eau bouille, que le rôti soit à point […] ; même si on organise les différentes tâches, il reste de longs moments de passivité et de vide ; elles s’accomplissent la plupart du temps dans l’ennui ; elles ne sont entre la vie présente et la vie de demain qu’un intermédiaire inessentiel. […] Ce qui rend ingrat le sort de la femme-servante, c’est la division du travail qui la voue tout entière au général et à l’inessentiel ; l’habitat, l’aliment sont utiles à la vie mais ne lui confèrent pas de sens. »