Christian Page. Le SDF connecté
Christian Page en 2018 © Laurent Villeret
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Cet article est issu du numéro 120 de Philosophie magazine « À quelle vitesse voulons-nous vivre ? », en kiosque le 31 mai 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Bordel ! qu’est-ce qui lui arrive ? » Lorsque nous retrouvons Christian Page sur un banc du quartier de Belleville, à Paris, c’est l’agacement. Son smartphone s’est éteint sans prévenir. « J’aimerais juste savoir si mon Tweet a été envoyé… » Christian est un sans-abri d’un genre particulier. En 2016, alors qu’il dort dehors depuis un an, il s’inscrit sur Twitter, « comme tout le monde, pour ne pas se sentir exclu ». Dans ses Tweets, il commence à raconter sa vie, un récit à mille lieues du « buzz » auquel le réseau social est habitué. Son ton direct, teinté d’humour, séduit. Christian partage ce qui le révolte : le mobilier urbain, les maraudes trop rares, « l’inutilité » des pouvoirs publics. Le jour de Noël, il se fait connaître d’un large public en postant une photo de barrières anti-SDF qui bloquent l’accès à une grille par où s’échappe un peu d’air chaud. Son coup de gueule, très relayé, pousse la mairie à agir : « J’ai fait plier Anne Hidalgo en vingt-quatre heures », se réjouit-il. Près de trente mille personnes suivent désormais @PageChris75, dont de nombreux politiques et journalistes. « Je ne m’attendais pas à ce succès, reconnaît-il, un peu gêné. À 8 ans, on ne peut pas savoir qu’on deviendra attaquant du Real Madrid ! »