Christophe / “Aline” / 1965
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Cet article est issu du numéro 111 de Philosophie magazine « L’idéal de simplicité », en kiosque le 06 juillet 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Avec les émotions, il ne faut avoir peur de rien – seule la demi-mesure mène au ridicule.
Ceci n’est pas un slow. Il y a du rock’n’roll dans cette incapacité à prononcer un prénom féminin sans aussi-tôt crier : « Et j’ai crié, crié-é : “Aline !” / Pour qu’elle revienne. » On pense à Little Richard et son « Luci-ille ! Please come back where you belong. » Mais il y a surtout du blues, en partie étouffé par la raison radiophonique. Tout était pourtant en place pour que ça laboure l’âme plutôt que ça ne s’envole : le rythme ternaire et ses triolets de croche, l’absence de refrain (c’est l’orchestration qui en fabriquera un, en intensifiant les mêmes quatre accords), et surtout cette note bleue, tremblante entre sol bémol et sol dièse, sur le second « crié-é ». Imaginez Aline chantée par John Lee Hooker. Mais l’arrangeur mandaté par la maison de disques, Jacques Denjean, génie oublié qui venait de diriger Capri, c’est fini – interprété par Hervé Vilard – eut soin d’enrober le tout dans du sucre : avec cette attaque des violons et des chœurs, dont les timbres, sous-tendus par un harmonica habilement dissimulé, fusionnent dans une note suraiguë. Du grand art qui vérifie qu’avec les émotions, il ne faut avoir peur de rien – seule la demi-mesure mène au ridicule. Aline est la preuve que la forme d’une chanson phonographique n’obéit à aucune nécessité : vous pouvez l’enregistrer en reggae ou en polka, peu importe – il suffit de demander au directeur d’orchestre comment vous voulez qu’il vous l’emballe. Version lacrymale, Aline a trouvé son parfait emballage, plus original qu’il n’y paraît, grâce à quelques touches délicates comme ce clavecin qui swingue et cette guitare qui « twangue » dans les couplets. De bons arrangements ? Une riche palette sonore !