“Comment vivre avec son passé ?”

Temps de lecture : 3 min

126-CourrierPepin(c)SeverineScaglia

© Séverine Scaglia

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 126 de Philosophie magazine « Qu’est-ce qu’une saine colère ? », en kiosque le 10 janvier 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

​​​​​​​Question de Philippe Blondin.

En essayant de ne garder que le meilleur, de prendre les bons souvenirs et de jeter les autres ? Non, car le passé, que nous voudrions avoir enterré, continuera à nous travailler et menacera de faire retour de la plus violente des manières. Probablement faut-il alors vivre avec tout son passé, comprenant qu’il est vain de faire un effort pour « ne plus penser » à ce qui fâche, que c’est le plus sûr moyen de ne pas réussir à vivre avec. Notre passé est fait du pire comme du meilleur, et cette somme qui le compose ne cesse de s’accroître tandis que nous avançons dans l’existence. Les instants que nous vivons sont donc d’autant plus riches qu’ils sont chargés de ce passé qui se trouve ramassé dans l’épaisseur de chaque instant. Nous sommes à chaque seconde les enfants de notre passé, d’un passé qui ne passe pas, puisque chaque instant présent le comprend tout entier. La manière dont cet instant est vécu dépend directement de toutes ces couches de passé qui ont fait de nous ce que nous sommes. De ce point de vue, notre vie est d’autant plus intéressante que nous gagnons en âge. Le champ du possible se réduit peut-être, mais ce que nous vivons est épaissi de tout ce que nous avons vécu. Si cette vision est belle, elle présuppose un schéma linéaire, dominant dans notre tradition judéo-­chrétienne. Tout l’humanisme occidental repose d’ailleurs sur cette possibilité, qui conditionne celle d’une vertu de l’échec, d’un progrès moral ou même historique. 

Cet article est réservé aux abonnés